On a retraversé les Etats-Unis (en train cette fois ci !)


La première fois que l’on a entendu parler du California Zephyr , c’était dans notre émission fétiche de bobos voyageurs « Des trains pas comme les autres » en replay sur France 5 ( oui ben les bobos ont pas la télé hein). Train mythique de l’Ouest Américain, il relie Chicago à San Francisco (ou l’inverse pour nous). Symbole de la conquête de l’ouest et de la ruée vers l’or, sa construction est achevée au 18ème siècle. Au 20ème siècle il continue à devenir de plus en plus célèbre en devenant le premier train au monde à proposer un wagon panoramique afin d’admirer le paysage.


Puisque passer 13 jours dans une voiture à travers tous ces états ne nous avaient pas suffi, on a donc décidé de remettre le couvert et de retraverser le pays par le nord :

3 jours entiers de voyage, sans arrêt, sont nécessaires.

Ce train reste mythique encore aujourd’hui car le voyage en train aux Etats Unis n’est pas si démocratisé que cela : Les gens préférant évidemment l’avion, plus pratique et surtout BEAUCOUP BEAUCOUP plus rapide. Il faut savoir que nos TGV à 300km/H n’existent pas ici notre train ronronne tranquillement à 90km/H en moyenne. Les voyageurs du California Zephyr ont donc CHOISI de voyager doucement et c’est ce qui rend l’expérience intéressante.

Voyager pendant 3 jours entiers sans arrêt dans un train c’est comme faire une pause, c’est s’imposer de prendre du temps pour soi. A part attendre et regarder le paysage, il n’y a pas vraiment grand chose à faire. Il n’y a pas de télé, pas d’internet et la 3G ne fonctionne presque pas. La rencontre devient alors la principale activité des voyageurs : le wagon panoramique (que l’on surnommera rapidement le wagon des « zouaves ») est prévu à cet effet, l’ambiance y est conviviale. On remarque assez vite la diversité des profils des voyageurs : il y a beaucoup de retraités qui connaissent par cœur le trajet (ce qui est assez comique) mais qui restent pendus à chacun des mots du contrôleur (on soupçonne la création d’une amicale du California Zephyr). Il y a également pas mal d’étudiants, surement parce que le trajet reste moins cher que l’avion et qu’ils rentrent dans leurs familles pour Noël. Il y a également quelques familles avec des enfants, des couples comme nous, mais très peu d’étrangers. On doit être les seuls, ce qui fait de nous une attraction à part entière.

Mais le plus intéressant, c’est que l’on rencontre tous les clichés de l’Amérique : Peu de gens font effectivement le trajet de A à Z , de San Francisco à Chicago , ils empruntent seulement quelques portions. Alors en fonction des régions, on voit débarquer des cowboys, des indiens , des clichés de famille blanches américaines un peu conservatrices, des blacks américains un peu exubérants qui chantent constamment ou encore des amishs avec leur petits bonnets trop drôles ( tellement heureuse de voir de mes propres yeux des amishs) ( c’est une communauté religieuse qui vit un peu en autarcie dans la campagne américaine , ils vivent à l’écart de toute modernité , ils se déplacent en calèches par exemple) . Et puis il y a nous, à dormir avec nos sacs de couchage QUECHUA qui sentent la viande grillée depuis notre expédition dans la jungle Costaricienne, mes chaussettes dans mes tongs, mon pantalon à fleur déchiré de sans-abris, nos mêmes habits pendant 3 jours et nos rires étouffés quand il y a un silence de plomb .

Le wagon « dodo » avec les sièges inclinables est étonnamment tranquille , à croire que les enfants qui hurlent quand tout le monde dort est une coutume européenne.

On est alors constamment les seuls à faire le plus de bruit (Benoît n’arrivant jamais à chuchoter, tel un enfant de 4 ans). Les sièges ne sont pas du tout confortables et on est assez inquiets au début de se dire que l’on va devoir y dormir 2 nuits. Finalement, le chikungunya ayant encore raison de notre énergie, on y a plutôt bien dormi.

Le matin, on est réveillés avec le soleil qui réchauffe nos joues. Toujours dans un silence de plomb. Les trains indiens, et leurs vendeurs ambulants qui hurlent toute la nuit, me semblent bien loin ( TCHAIIIII TCHAIIIII TCHAIIIII).


Un voyage avec le California Zephyr c’est emprunter des chemins que personne ne peut prendre autrement : le train ne suit pas des routes, il emprunte des canyons et des vallées dont il est le seul à avoir accès. C’est ce qui passionne ses habitués. Les paysages que l’on traverse sont grandioses : on longe l’océan , tel un bateau, puis on s’enfonce au plus profond des canyons de la Californie. On suit la Colorado River pendant presque une journée entière au milieu des sapins , des gouffres et de la neige. La neige est partout. On est désormais bien plus au Nord que lors de notre road trip. Le wagon panoramique devient très vite notre petite maison (le wagon dodo étant bien trop calme pour notre excitation) (et benoit ne sachant pas chuchoter) car il est incroyablement agréable d’être assis dans un wagon recouvert de verre , au chaud , au milieu de ses paysages. Le temps semble s’arrêter. On ne s’est jamais ennuyé. Mais surement car après tous ces mois, on est habitués à ne rien faire, rester dans la contemplation du moment présent.


Assez rapidement, j’ai eu l’impression de voyager différemment. Quand nous étions en voiture, on enchainait les villes et les paysages, mais en étant actifs , en faisant partie de ce qui nous entourait. Il fallait conduire, s’arrêter au feu rouge, laisser passer des piétons, ah non pas ça, c’est vrai, il n’y a pas de piétons aux Etats-Unis.

Avec le train, la sensation est totalement différente. On glisse dans le paysage sans en faire partie, comme si on n’existait pas et que personne ne pouvait nous voir. La lenteur de notre avancée nous permet d’apprécier encore plus ce qui nous entoure.


Au vu des prix des couchettes privatives (350$ 3 repas par jour compris), on avait décidé de prendre les tickets les moins chers : les sièges inclinables (150$).

On doit vous avouer qu’on était pas vraiment super bien préparés pour ce voyage. Un peu comme d’habitude, on a débarqué et on a improvisé.

Dès les premières heures, on se rend compte de notre manque de préparation : tous les gens autour de nous (dans le wagon radins) ont des petits Tupperwares avec plein de bouffe, du humus , des bonbons, biscuits, de l’eau , des céréales , du yaourt , des sandwiches ( on les imagine même sortir leur pâte à gaufre avec la machine pour le petit déjeuner)et j’en passe. Ils ont des oreillers et des couvertures. Ils ont tous préparé un petit sac de voyage accessible avec tout le nécessaire . Evidemment nous, on a presque rien à manger , presque pas d’eau , on a absolument pas préparé nos affaires et nos gros sacs sont isolés dans la cabine valises. On sera donc habillés pareil pendant 3 jours et 2 nuits. Mais surtout on avait absolument pas anticipé l’absence TOTALE de solutions pour se laver PENDANT 3 JOURS. Convaincue que nous allions avoir une douche à disposition (« Ca va on est aux Etats Unis , il y aura bien une douche pour un voyage de 3 jours » ) , je ne m’étais même pas lavé les cheveux le jour du départ . Grave erreur. Dès le premier jour , j’ai donc tenté d’user de divers stratagèmes pour remédier à ce problème : J’ai repéré une douche dans les wagons couchettes des riches. Evidemment, il est interdit aux pauvres des wagons sièges de s’y introduire. Et évidement je me suis fais repérer très rapidement par une employée qui a commencé à me suivre partout dès que je marchais dans le train, de peur que j’y retourne ( oui parce que les autres américains respectent les règles , donc c’est un peu en libre accès ) ( je suis une française). Au début j’ai fais semblant de pas bien comprendre l’anglais, mais bon cela n’a pas vraiment fonctionné. J’ai du abandonné l’idée d’une vraie douche et je me suis rabattue sur le lavabo des toilettes..Oui…… Imaginez la scène dans un train en France ! Moi essayant de me laver les cheveux dans ce minus lavabo dans cette cabine minuscule… MAIS, j’ai réussi et j’ai rendu les toilettes bien plus propres que lorsque je les ai trouvé.


Très vite la recherche de nourriture a rythmé nos journées. Quand il n’y a rien à faire, on ne pense qu’à manger. Alors on mange, tout le temps, comme tout le monde. On a pas vraiment apporté des provisions alors on déjeune et on dîne au wagon restaurant, c’est assez drôle. On est placés, servis , comme dans un vrai restaurant en regardant le paysage défiler sous nos yeux. Prendre le California Zephyr une fois dans sa vie, c’est comme prendre l’Orient Express ou le Transsibérien. C’est unique. Je pense que j’aurais pu passer plusieurs jours de plus dans ce train devenu notre petite maison ( bon , les tissus me servant d’habits, un peu moins) tellement cette petite pause dans notre voyage a été extraordinaire. Je suis sûre qu’on reprendra un jour le California Zephyr (avec une couchette et une douche cette fois ci).


Vive le train !

#USA

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