Nos premiers pas en terre Miskito !


L’atterrissage de notre coucou au dessus des cabanes en bois nous donne immédiatement le ton: ici, la population vit dans des maisons en bois sur pilotis, au milieu des champs inondés. Le ICI, c’est Bilwi ou Puerto Cabezas, dans la région RANN du Nicaragua : l’extrême nord Est du pays sur la côte caraïbe. La grande majorité de la population est Miskito, une ethnie de la côte caribéenne du Nicaragua et du Honduras.


Leurs premiers contacts avec le monde extérieur se fait lors du 4ème et dernier voyage, de Christophe Colomb en 1502. Malgré l’afflux d’espagnols au Nicaragua par la suite, la côte caraïbe du pays résiste à la soumission totale et les Miskitos s’allient soit avec des pirates soit avec les anglais pour résister à l’invasion (ce qui n’a pas été le cas de la côte pacifique du pays). Ils ont réussi à préserver leur culture traditionnelle, ce qui explique pourquoi nous rencontrons autant de Miskitos encore aujourd’hui. Leur histoire est assez tragique car ils ont subi des massacres massifs lors de la guerre civile du 20ème siècle, ils ont été un peu otages de l’histoire : ils étaient contre la politique intégrationniste du gouvernement révolutionnaire de l’époque. Les USA et l’opposition en profitent alors pour les utiliser massivement dans la lutte antisandiniste. Ils ont eu le mauvais rôle. Après la chute des sandinistes, dans les années 1990, la région, théâtre de très nombreux affrontements, est alors abandonnée à elle même. Cette région, la RAAN, est une région autonome politiquement, mais son isolement géographique y est pour beaucoup. Il faut 30h en bus pour rejoindre Managua la capitale, et encore, quand le bus fonctionne car dès qu’il pleut trop, les routes ne sont pas praticables. Le bus en question est un bus de ramassage scolaire avec des sièges en taule pensés pour des enfants de 7 ans. Il était donc impensable pour nous d’y passer 30h (pas de stop pour dormir !) (Est ce que l’on perd un peu de fougue ?).

En descendant de l’avion, nous marchons dans la boue pour rejoindre le petit bâtiment qui doit servir d’aéroport. J’avoue que nous sommes un peu excités de découvrir de ce qui nous attend. A première vue, Puerto Cabezas nous semble horrible. La route qui sert d’avenue principale est bordée de petites échoppes sans aucun charme. Les hommes m’abordent agressivement toutes les 2 minutes malgré la présence de Benoit (What ? une blonde dans la ville ?), la chaleur écrasante nous oblige à écourter la balade. Chacun dans notre coin nous pestons intérieurement en nous demandant ce qui nous a pris de venir passer autant de temps dans ce bled. Heureusement, parmi les 3 hôtels de la ville, nous avons trouvé un super lieu pour dormir : une ancienne maison coloniale bourrée de charme. C’est notre petit cocon protecteur. Ce qui est assez étonnant c’est que c’est potentiellement notre hébergement le plus confortable depuis très longtemps alors qu’on se trouve dans la région la plus isolée de notre voyage.

Il ne faudra pas attendre longtemps pour nous faire changer d’avis sur la ville.

Dès le lendemain, nous embarquons avec des salariés de PANA PANA afin de partir à la rencontre de clients, des bénéficiaires du micro-crédit. L’objectif est de comprendre sur le terrain ce que change le micro-crédit concrètement pour les Miskitos.

La rue principale est certes peu accueillante mais le reste de la ville est fidèle à notre première impression via le hublot du coucou : des maisons sur pilotis colorées bordent les rues, les enfants trainent dans la gadoue, les hommes se balancent dans leurs hamacs… pendant que les femmes nous font coucou depuis la cuisine ! Très vite on s’éloigne de la ville (qui est plus grande que ce que l’on imaginait) et on se retrouve dans de grandes plaines boueuses. La dense jungle du Costa Rica nous semble lointaine alors qu’elle n’est qu’à quelques centaines de kilomètres de là.

Après des heures de voiture, on retrouve des signes de vie et ces petites cabanes très attachantes : nous voilà dans nos premières communautés reculées ! Le comportement des Miskitos reste à peu près le même que celui à Puerto Cabezas : des regards interrogateurs : « Mais bon dieu, qu’est ce que vous faites la ? ». Les enfants et les femmes me sourient tous en cachette. Je réussis très vite à sortir mon appareil photo ce qui commencent à rameuter de plus en plus d’enfants. Petit à petit, les gens se regroupent autour de nous.

Nous commençons nos rencontres par une famille de 4 ou 5 enfants ; grâce au micro-crédit ils ont pu faire construire un puits en ciment et installer une pompe manuelle pour avoir de l’eau courante. En effet, l’eau est partout ici car il pleut beaucoup. Le problème c’est que c’est de la gadoue. Jusqu’à présent, creusaient très des puits en terre pour trouver de l’eau propre. Sauf que presque chaque matin il faillait recommencer l’opération car la terre s’effondrait. Alors parfois, ils n’avaient pas la force de le refaire et se contentaient de l’eau qu’ils trouvaient. Ce nouveau puits coûte environ 850$ ce qui représente presque 3 ou 4 fois le salaire mensuel du foyer. En 8 mois, ils ont réussi à rembourser leur investissement. Fort de ce succès, ils ont décidé d’investir dans un nouveau projet : des toilettes écologiques reliées à une fosse septique en dessous de leur cabane et éviter de polluer le sol juste en dessous de leur maison (imaginez les conditions sanitaires horribles) Nous rencontrons ensuite un homme à la cabane bleue azur : Il a lui aussi investi dans un puits et des toilettes écologiques mais ce n’étaient pas ces premiers investissements. Grâce à la petite somme prêtée initialement il a pu acheter le petit bout de terrain pour construire sa maison.

Les rencontres s’enchainent au fur et à mesure des jours, les histoires sont assez similaires : le micro-crédit est un tremplin, une main tendue, pour les aider à améliorer leur quotidien de manière significative. Nous rencontrons de cette manière beaucoup de pêcheurs et de commerçants qui nous expliquent comment grâce à 100, 200 ou 400$, ils ont pu acheter un bateau ou un petit stock de nourriture et de boissons et construire une échoppe pour trouver une activité économique plus stable leur permettant d’améliorer leur niveau de vie. Cela fait tellement du bien de rencontrer en personne des familles à qui profitent ces belles théories économiques : Vous savez quoi ? Cela marche, on l’a constaté de nos propres yeux.


Ce qui est assez surprenant, cependant, c’est que quasiment tous se plaignent d’une seule chose qu’ils aimeraient améliorer : cela marche tellement qu’ils en veulent plus. Pana Pana ne leur prête pas assez d’argent, au détriment même parfois de la réussite d’un de leur projet. Cela ce comprend dans un sens : quand on sait que les trois quarts des Institutions de Micro Finance ne sont pas viables sur le long terme, du fait de leur non rentabilité, Pana Pana se protège encore plus du risque. Ils évaluent méthodiquement toutes les possessions (de la télé aux casseroles) d’une famille, questionnent longuement les clients sur leurs motivations, et analysent la viabilité de chaque projet avant d’attribuer un prêt. Ce premier prêt sera toujours initialement trop petit. Puis si tous se déroule bien, que le bénéficiaire fait bon usage de l’argent (et pas dans la consommation d’alcool par exemple), il pourra alors emprunter plus.

En ce qui concerne notre mission de création de contenus et de supports, autant je m’éclate à prendre un maximum de photos, autant la réalisation de notre reportage s’avère BEAUCOUP plus compliquée que prévu. Mais c’est une autre histoire que l’on vous racontera la prochaine fois.


Nos premières journées au fin fond du Nicaragua nous laissent rêveurs, on se sent vraiment privilégiés d’être ici et de réaliser cette mission. On a voulu voir le monde, on peut vous dire qu’ici on en prend plein la figure.


MERCI LA VIE !

#Nicaragua

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