Le microcrédit : Késako ?


Je suis absolument ravie que pour notre avant dernière mission nous travaillions pour un institut de micro-crédit. On ne peut pas s’intéresser au social business sans s’intéresser au micro crédit. Cela serait faire abstraction d’un énorme pan de ce qui le définit. C’est parti pour un petit cours d’économie, allez allez , on s’accroche !


Un peu d’histoire

Le micro-crédit a été inventé officiellement dans les années 1970 par le très cher Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix 2006. Muhammad Yunus est professeur d’économie au Bangladesh lorsqu’il décide de faire évoluer ses méthodes d’enseignements : afin de permettre à ses élèves de se rendre compte de la réalité économique du pays, il décide de les envoyer dans des missions d’observation de pauvres villages. C’est alors qu’ils se rendent compte que la plupart des pauvres des villages du Bangladesh ont une activité économique mais qui ne leur rapporte que très peu d’argent, car ils n’ont pas de fonds pour se développer. Dans un village, une collectivité de 42 femmes fabricantes de tabourets en bambou, aurait besoin de 27 dollars AU TOTAL afin de pouvoir développer massivement leur activité en achetant en avance le bambou. Or c’est un montant bien trop faible pour que les banques acceptent de leur prêter, d’autant plus qu’elles sont considérées comme insolvables car elles ne possèdent rien. Le professeur trouve cette situation ridicule et leur prête alors directement ces 27 dollars. C’était le début de la grande aventure du micro-crédit.

Non seulement ces femmes ont remboursé intégralement et très rapidement le professeur, mais en leur permettant d’acheter en avance le bambou en plus grande quantité et sans subir les variations de prix, leur activité s'est multipliée et elles ont pu embaucher de nouvelles personnes.Forts de cette expérience, le professeur et ses élèves vont peu à peu prêter de petites sommes à de plus en plus de commerces jusqu’à monter la GRAMEEN BANK, la banque du village ! Aujourd’hui, plus de 40 ans plus tard, la GRAMMEEN BANK a prêté plus de 6 milliards de dollars, aidant des millions de personnes !


Sans vraiment le savoir, ils ont créé le concept du micro-crédit : Un prêt d’un faible montant, accordé à des personnes démunies qui n’ont pas accès aux services bancaires classiques (car elles sont considérées comme insolvables), dans l’objectif de les aider à développer des projets générateurs de revenus ou qui améliorent leurs conditions de vie. On parle donc bien d’un social business : l’entreprise gagne de l’argent pour fonctionner mais son objectif reste social, l’éradication de la pauvreté. Attention à ne pas confondre le micro-crédit avec nos institutions en France du type CETELEM & CO, qui sont tous des voyous faisant la propagande du surendettement.


Un outil efficace pour lutter contre la pauvreté

Développé initialement au Bangladesh , le micro-crédit s’est diffusé au monde entier : Aujourd’hui , il existe plus de 10 000 institutions de micro-finance dans le monde, gérant plus de 30 milliards de dollars (oui oui) et touchant 150 millions de bénéficiaires. L’objectif du micro-crédit n’est pas de proposer un énième service financier : L’objectif est d’aider le développement local. Le micro-crédit a réussi à faire ce que la banque traditionnelle n’a jamais osé essayer : prêter de l’argent à ceux qui n’ont rien, afin de leur permettre de se bâtir un capital sur lequel s’appuyer. Le taux de remboursement du micro-crédit frôle les 96%, de quoi faire rire jaune les banquiers !

Pourquoi c’est bien ? C’est tout simple, et vous l’avez bien compris avec l’exemple des tabourets au Bangladesh. Quand on monte un commerce, on a besoin d’acheter les choses que l’on va vendre, des fruits, des légumes, du bois pour nos meubles, bref, on a besoin d’argent pour se lancer. Sauf que lorsqu’on vit dans une cabane en bois, qu’on a à peine 1 dollar par jour pour nourrir nos 5 enfants, c’est bien difficile d’aller acheter une caisse de poisson, voir même impossible. Alors bien sûr je peux emprunter aux usuriers locaux de mon village, mais cela va me coûter entre 200 et 1000% en intérêts ce qui fera de moi une personne endettée qui travaillera très dur, encore plus dur, pour continuer à gagner peu. Le micro crédit permet de casser ce cycle vicieux en initiant un investissement au départ : grâce à 50$ je peux désormais acheter 100 poissons, qui me rapporteront 100$, qui me permettra de rembourser mon prêt tout en continuant à acheter plus de poissons. Bref, grâce à cela je peux monter mon activité, gagner de l’argent et commencer à m’en sortir. Je vous caricature un peu tout cela mais il y a plein d’autres moyens d’utiliser un micro crédit. Très vite le micro crédit s’est révélé être bien plus qu’un service financier pour les plus démunis : Les IMF (institutions de micro finances) ont commencé à proposer d’autres services comme une protection sociale, l’accès à l’éducation, à l’eau, ou encore un accompagnement pour une meilleure production dans l’agriculture. Organisés en groupement solidaire, les emprunteurs se regroupent localement dans leur village afin d’être solidairement responsables de chacun des prêts des membres du groupe. Le groupe entier sera pénalisé si un membre ne tient pas son engagement. Cette organisation a très vite prouvé son efficacité avec une dynamique de groupe très positive permettant d’agir au delà du service financier, les membres du groupe s’aidant mutuellement à s’en sortir.

Ce qui est également incroyable avec le micro-crédit c’est qu’il concerne majoritairement les femmes : au Bangladesh, 97% des bénéficiaires directes sont des femmes car le professeur Yunus a vu en elles un potentiel énorme pour le pays. Au niveau mondial, c’est un peu moins mais cela reste 74%, ce qui est un outil formidable pour leur émancipation économique.


Des taux d’intérêts élevés nécessitant encore des ajustements du modèle

Mais tout ceci n’est pas tout beau tout rose. Quelle fut pas notre surprise, à Benoit et moi, de découvrir que Pana Pana (notre IMF ici au Nicaragua) , pratiquait des taux de 3,5% par mois, ce qui revenait à des taux à plus de 40% PAR AN !!!!!!!!!!!!!! On a eu du mal à avaler cette information : c’est une ONG, ils réinvestissent 100% de leur profit, pourquoi avoir des taux si élevés alors que l’objectif est d’aider les gens ? La moyenne mondiale des taux d’intérêts du micro crédit est évaluée à 37%. Les IMF le justifient par différentes raisons :

- Ils ont des frais de fonctionnement élevés au regard de la vulnérabilité de la clientèle , il faut se déplacer très loin pour les rencontrer par exemple , ce qui est un travail qui demande du temps et qui est au cœur du micro-crédit.

- Les coûts fixes sont les mêmes entre un petit et un grand crédit, donc logiquement, ces frais auront beaucoup plus d’impact en % sur un petit montant. Il est évidemment moins cher de prêter un montant à une personne que le même montant à 1000 personnes (on peut tromper une fois mille personnes..)

- Les banques traditionnelles pratiquent l’épargne, elles utilisent leurs fonds propres pour investir, ce qui est presque gratuit pour elles. Pas les IMF : l’argent leur coûte cher. Afin de prêter, elles ont besoin elles-mêmes d’emprunter, notamment au début de leur activité. De plus, les emprunts dit « du nord », comme les prêts de la Banque Mondiale, des dons etc., sont rarement gratuits.

- Ces taux d’intérêts leur permettent également d’anticiper l’inflation locale qui atteint régulièrement 5 à 10 % dans les pays en développement.


Bref, elles n’ont pas la même productivité que les gigantesques banques traditionnelles auxquelles on est habitués. Elles ont encore besoin de trouver un modèle pour générer un petit bénéfice afin de se constituer des fonds propres leur permettant de prêter à moindre coût. Il y a encore un peu de chemin à parcourir les cocos ! Ce qu’il faut relativiser, en revanche, c’est que pour nous européens, cela nous semble un taux exorbitant, mais que dans les pays en développement, les prêts de petit montant peuvent atteindre de 100% à 1000% par an ! De plus 3% sur 100 000$ cela fait toujours plus que 37% sur 500$ !


Le micro crédit, ici, au fin fond du Nicaragua

Pana Pana est l’IMF avec laquelle nous travaillons : C’est elle qui est chargée sur le terrain de prêter l’argent, faire la promotion du micro crédit auprès des communautés très reculées de la région. Au delà de sa mission de micro-crédit, Pana est très fortement impliquée pour l’accès à l’eau qui est le principal problème du pays (souvenez-vous, 70% du Nicaragua n’a pas accès à l’eau potable). On vous racontera comment, c’est super intéressant ! La plupart de ses emprunteurs sont Miskitos, une ethnie du Nicaragua. Ils n’ont pas accès aux services bancaires classiques, comme avoir un compte en banque, ce qui les pénalise très fortement ici.

Pana Pana finance ses prêts de plusieurs manières :

- Ses fonds propres qu’elle a commencé à bâtir depuis plus de 30 ans d’existence.

- Via des prêts de particuliers par la plateforme Kiva. En France, nous avons un peu la même plateforme avec Babyloan . Ce sont de super chouettes sites internet qui permettent à vous, nous, tout le monde, de prêter des petits montants pour aider ces petits projets de l’autre bout du monde.

- Mais ils ont encore beaucoup besoin d’emprunter de l’argent à des banques traditionnelles ou des fonds d’investissements comme celui d’ENVEST, le fond d’investissement américain qui nous a envoyé ici !


Après déjà plusieurs jours de mission, on peut vous dire qu’on est ravis, une expérience 100% en immersion.


Vive la vie et vive le micro crédit !

#Nicaragua

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