Bilan du Brésil


Et voilà un nouveau mois qui s’achève. On est arrivé au Brésil surexcités, on repart un peu la tête dans le guidon. Ce fût un mois riche, intense, très intense, pendant lequel on n’a pas beaucoup dormi.


Rio était une destination qui nous faisait rêver. Elle a été à la hauteur de nos espérances : quelle ville extraordinaire. On a dansé sur sa musique, l'une des meilleures du monde, on est devenu des grands fans de bossa nova. On a mangé et bu (enfin surtout bu) tout ce qu'elle avait à nous offrir. On en a pris plein les yeux des couleurs des favelas et des collines de jungle qui tombent dans l'océan.

Vivre dans une de ses favelas nous a permis de voir son autre visage, pas seulement la carte postale. C'était une expérience forte que l'on oubliera pas de si tôt tellement les gens qui nous ont accueilli étaient bienveillants.

Ma mission (c’est Clio qui parle hein, vous vous doutez bien) était une vraie nouveauté dans cette année. D'abord parce que j'ai mis longtemps à comprendre ce qu'était vraiment Tunnel Lab, leur impact. Signe révélateur du manque de travail de Julia pour rendre son message accessible à tous, cela a été en fait une grosse opportunité pour moi de l'aider à travailler dans ce sens. On ne peut pas chercher à lever des fonds quand on ne sait pas raconter à un interlocuteur, qui n'y connaît rien, en 5 minutes ce que l'on fait. Sur le fond, ma mission chez Tunnel Lab a été canon. Je pense que c'est probablement la mission pour laquelle j'ai eu le plus d'impact. Ils ont désormais un site internet tout beau tout neuf (créé en 4 jours...), un message simplifié avec une mission, une vision, une échelle de développement avec des étapes. J'espère que grâce à tout cela la levée de fonds va aboutir et que Tunnel lab va s’envoler ! J'ai aimé découvrir ce projet car c'était un nouveau domaine à découvrir : les technologies. J'étais assez dubitative au départ sur la focalisation de Julia sur ce domaine. Pourquoi ne pas inciter les jeunes des favelas à trouver des solutions pour leurs communautés dans tous les domaines ? Sans forcément se focaliser sur les nouvelles technologies ? Après avoir participé moi même à des cours avec les élèves, j’ai vite eu ma réponse. C’est leur nouveau langage, ils sont passionnés par cela et 90% d’entre eux possèdent un Smartphone. Il faut les transformer en acteur du changement de l’intérieur, en utilisant ce qu’ils connaissent. De plus, le Brésil est un des plus gros importateurs mondial de technologies et ne possède aucune industrie dans ce domaine. Il y a tout à construire.

Ce qui a surtout été nouveau pour moi avec cette mission, c’est qu’autant sur le fond j’ai adoré mais sur la forme… cela a été difficile, et ce pour la première fois. Ce n’est pas évident pour moi de vous écrire cela. Je trépigne devant mon ordinateur : « et si julia venait à traduire l’article du français au portugais ? Je serais tellement mal de la blesser. », « elle m’a accueilli les bras ouverts et moi je la critique, je suis mauvaise ! ». Je n’arrive pas à discerner ce qui a été lié à la différence culturelle (les 2 ou 3 heures de retard MINIMUM quotidien à chacun de nos rendez vous) et du caractère disons… changeant… de Julia mais bon sang je n’ai pas passé un mois facile. Je ne vais pas me plaindre, on ne peut pas TOUJOURS travailler avec des personnes en or sorties tout droit du monde des bisounours.


Au final, je retiens tellement de belles choses de cette mission qu’il serait difficile d’être brève. Si je devais choisir une chose , cela serait l’exemple encore une fois concret que TOUT le monde , OUI , TOUT le monde , même des enfants violents des favelas , peut décider de changer son quotidien et s’engager pour un monde meilleur. La clé, comme souvent, reste l’éducation ! Pas simplement en terme de connaissances mais principalement pour donner confiance et ouvrir les consciences.


Concernant Benoit, sa mission a été un peu à l’inverse de la mienne. Sur la forme, il a rencontré une équipe adorable de français qui tiennent une agence qui tourne vraiment bien. Grâce au mondial de foot et aux JO, ils ont pu créer un marché solide de la location dite de « luxe » accompagnée de services de conciergerie.

Malheureusement sur le fond, sa mission est restée une mission d’observation sans vraiment l’impliquer sur des choses concrètes à réaliser. En même temps , ce n’est pas en 1 mois que l’on devient un consultant immobilier à Rio. Peut être aurait il fallu qu’ils cadrent mieux ensemble les livrables à la fin de ce mois ? Peut être. Mais il n’empêche pas que cela reste une super expérience pour lui. Déjà parce qu’il a pu découvrir comment fonctionne une agence différente de la sienne mais aussi parce qu’il a pu découvrir un marché qui va bientôt se casser la figure.


Comment on voit la vie maintenant ? Comme une belle chanson de Bossa Nova, le parfait mélange entre la joyeuse et étincelante Samba, et le calme et mystérieux jazz. C’est un peu comme Rio, joyeuse et mélancolique à la fois.


Les trucs cools

On pourrait juste écrire « la ville de Rio » que cela serait suffisant pour résumer ce qui a été cool ce mois ci.

Mais pour vous donner plus de détails croquants , ce mois ci , ce qui a été cool c’était : la musique qui a bercé nos oreilles , les caipirinhas qui nous ont un peu remué le ventre, les Feijoadas et autres Churrascos qui nous ont un peu engraissé . Je l’ai déjà répété plusieurs fois , mais on a ADORE vivre dans une favela. On a vite pris l’habitude de vivre au rythme du TUDO BEEMMMM et au lever de pouce (c’est un sport national ici , tu lève ton pouce pour dire bonjour , tout va bien , comment ca va …enfin pas mal de choses). Vivre pratiquement sur la plage c’était cool. Voir les copains de France Pauline et Nico c’était cool. Se moquer constamment du portugais c’était cool ( cette langue est tout de même drôle et la caricature du mec qui parle espagnol en mettant des CHE ou des EM partout n’est pas si éloignée de la réalité). Découvrir encore un nouveau social business qui m’inspire c’était cool. Au final être en difficulté pour le comprendre, ce n’était pas si mal. Le bureau de Benoit quasiment sur la plage c’était cool (quand tu travailles sur Copacabana tu comprends pourquoi la productivité est un terme relatif à Rio).


Les trucs nuls

La pluie, c’était sacrément nul (en témoigne ma photo du Corcovado ci dessus). On n’a pas eu un mois tip top, voir même pas beau du tout. Tout le monde pensait nous skyper bronzés comme des brésiliens mais on ressort de ce mois tout blanc et pas très en forme (le sommeil dans la favela c’est tout un sujet). Entendre nuit et jour parler de la sécurité et de comment on devrait faire attention, c’était nul. Bien sûr qu’il faut faire attention , comme partout , mais plus le temps passe, plus les pays visités défilent , plus on se rend compte que la diabolisation de la sécurité et de son omniprésence dans les conversations fait plus de mal que l’insécurité en elle même. Que la mission de Benoit soit moins emballante que la mienne ce n’était pas très cool.

Au final le portugais c'était drôle mais c'était bien nul . Je ne me doutais pas qu'on allait découvrir un des pays où on a eu le plus de mal à communiquer avec ses habitants . Même dans les pays les plus isolés d'Asie on arrivait à communiquer un minimum en anglais . On ne se parle pas du fin fond du Brésil mais de RIO !!! Ils ne parlent pas DU TOUT anglais au point même qu'ils ne comprennent pas " how are you" . Leur réaction face à notre isolement linguistique était assez comique : Soit ils parlaient de plus en plus fort en portugais face à nos mines septiques ( il est bien connu que crier une langue étrangère à quelqu'un permet une meilleure compréhension ) . Soit ils nous demandaient si on parlait espagnole, s'en réjouissaient, pour finalement ... continuer à parler portugais ( ils assument donc que le portugais est un espagnol avec des Che ?? ).

Les enfants des rues ce n’était pas jojo. On a regardé ce fameux reportage « BUS 174 » qui raconte comment en 2008 , un enfant des rues devenu adulte a pris en otage tout un bus au milieu de Rio ( je vous invite à le regarder c’est très intéressant). Cela a été une petite claque pour ma part. Cette ville est si paradisiaque qu’elle en devient mystérieuse par toute la misère qui y est dissimulée. C’est à peine si les riches blancs en bikini, caipi à la main remarquent ces enfants et ces hommes étendus ivres, drogués sur la plage à coté d’eux. C’est vrai qu’après avoir vu ce reportage on a commencé à remarquer les enfants des rues que l’on avait même pas aperçu avant.

Après la Birmanie, je ne pensais pas être autant écœurée par la politique et un gouvernement, et encore moins d’un pays comme le Brésil .Nous avons participé avec Julia à un atelier organisé par la ville de Rio pour mieux inclure les jeunes des favelas dans l’organisation des JO. Tunnel lab animait la séance via ses méthodologies de Design Thinking. Je ne vous en ai pas parlé car je ne peux pas tout écrire sur le site, cela deviendrait trop compliqué. L’intention était louable et j’étais ravie d’y participer. Après seulement quelques heures j’étais absolument écœurée par le comportement des nombreux politiciens venus assister au workshop. Ils arrivaient en masse, prenaient une photo à coté d’un jeune (si possible de couleur pour bien montrer qu’il vient des favelas) et ne s’intéressaient même pas à ce que l’on était en train de faire. Plus de 50 idées absolument géniales sont sorties de ces 3 jours de travail, les jeunes étaient supers enthousiastes pour y travailler « dans la vraie vie ». Personne ne s’y est intéressé et il n’y aura AUCUNE suite. Ce qui comptait, c’était de prendre une bonne photo pour « faire bien », montrer qu’on fait « des choses » pour les jeunes. L’adjoint au maire, quelqu’un de haut placé tout de même, m’a reproché, 2 minutes après son arrivée, de porter le t-shirt de Tunnel lab : « Les jeunes doivent être toute la journée devant le logo de la mairie pour bien qu’ils comprennent qu’on fait des choses pour eux ». Paroles et Paroles et Paroles…. Je ne serai jamais bonne pour faire de la politique !


Une anecdote

Il est 5h30 du matin. On ne dort pas vraiment profondément car comme toutes nos nuits à Rio :

- Les coqs chantent depuis 3h

- Je n’arrête pas d’être somnambule et me lève 20 fois pour ouvrir le rideau, fermer le rideau, ouvrir le rideau, fermer le rideau… et regarder par la fenêtre (de préférence quand le rideau est fermé).

Tout à coup je suis réveillée violement par la sonnette de l’appartement. Je regarde l’heure : « 5h30, ils sont malades, cela doit être un cambrioleur ». Je me recouche. La sonnette continue à sonner. Je réveille Benoit un peu affolée. Si vous connaissez Benoit, vous vous doutez bien que son état au réveil n’était pas des plus dynamiques. La sonnette tourne en continu maintenant, la personne dehors semble avoir oublié son doigt dessus. J’ai tout de même le cœur qui bat. Benoit décide de ne pas ouvrir et vas simplement jeter un œil par la fenêtre de la cuisine. C’est un homme, black, torse nu et bien baraque comme il faut. Non c’est décidé on ne vas pas ouvrir.

Etant donné que cela fait bien 15 minutes que la sonnette ne s’arrête pas, elle commence à perdre en intensité. L’homme commence donc à frapper avec un peu de violence sur la porte. Oh mon dieu j’ai peur ! Benoit veut tenter d’ouvrir la fenêtre de sécurité qui permet d’ouvrir la vitre en laissant les barreaux de la porte. Je m’enferme à clé dans la chambre. Je me dis que j’aurais au moins le temps d’hurler à la fenêtre. J’entends Benoit ouvrir, s’excuser en portugnol (l’espagnol avec un che à la fin) , ouvrir la grille , remercier , et fermer la porte. C’était le voisin. On avait laissé toute la nuit notre sac avec le mac book de Benoit sur le pallier. Qu’est ce qu’on est bien dans notre favela !


Les sponsors du mois

Ce mois ci nous avons encore été pas mal encouragés par vous les copains. On a bu des caipi à votre santé, mangé des churascos dans une churascaria (ce n’était pas la mission la plus difficile) , pris une photo au Maracana au milieu d’une ambiance folle d’un match de l’équipe mythique de Flamengo. On a pris des photos dénudés pour souhaiter un anniversaire (oui certaines personnes osent nous donner ce genre de défi…) . Mais on a aussi dansé un botafogo (un pas de danse de Samba) sur Ipanema , une de nos plages préférées. La vidéo de notre danse c’est par ICI.


Un GRAND MERCI à Nico et Raphi, Louis Marie, Agnès, Simon et Marion, Eric et Monique, Soaz et la famille Parmeggiani.


Le mot de la fin Aguaaaaa de Beber , Aguaaaa de Beber…

https://www.youtube.com/watch?v=sT2BloTgw7k


Vive la vie !

#Brésil #bilan

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