Tunnel Lab , Késako ?


Ce mois-ci je découvre et je travaille pour un nouveau social business : Tunnel Lab.

Dès mon premier contact avec Tunnel lab, par Skype, je dois vous avouer que j’étais décontenancée. En clair, je n’y comprenais rien. Mais bon, cela avait l’air de parler de nouvelles technologies et de jeunes des favelas. Bingo, ça me plait !

Tout commence au Kenya en 2013

Julia est une étudiante Brésilienne qui rencontre Teresa, une américaine, à San Francisco. Elles préparent toutes les deux un master en Entrepreneuriat Social à Hult (une très bonne école de commerce). Pour leur stage de fin d’études, elles partent en mission pendant 2 mois au Kenya, dans un tout petit village. Leur mission est simple (enfin...non) : elles doivent développer un business model utilisant les nouvelles technologies pour résoudre les défis sociaux du village, notamment diminuer la mortalité infantile.

Globalement leur mission fut un bel échec, bien comme il faut. Mais pendant leur vie au village, elles rencontrent John, un petit garçon de 10 ans. John porte toutes les plaies du monde sur ses épaules car il est orphelin, a le sida, vit dans la rue et est battu par pas mal d’autres jeunes du village. Dès les premiers jours, elles remarquent que John s’intéresse particulièrement à leur voiture. Elles découvrent petit à petit, que bien que n’étant jamais allé à l’école, John a appris à lire tout seul et a surtout appris la mécanique grâce à ce vieux livre qu’il avait trouvé dans une décharge. J’avoue que raconté comme cela on dirait un peu l’histoire de Cendrillon mais pourtant c’est bien une histoire vraie.

C’est grâce à cette rencontre qu’elles ont pu analyser l’échec de leur mission : elles n’étaient certainement pas la réponse aux problèmes du village ni du Kenya , les habitants eux-mêmes l’étaient. Un business model et des solutions provenant directement des habitants auraient été beaucoup plus efficaces et pertinents. Ce sont EUX qu’il faut transformer en ACTEURS de leur propre changement, ils en ont la capacité (Cela me rappelle le concept du « génie des pauvres » de Tito Tony Meloto aux Philippines).


Pourquoi ne pas agir dans son propre pays ?

C’est alors qu’elles décident de créer Tunnel Lab , une école pour former des adolescents aux technologies, à l’innovation et à l’entrepreneuriat . Ils auront alors les armes nécessaires pour entreprendre. Mais elles imaginent surtout une école pour leur redonner confiance en eux, en leur capacité et pour les encourager à prendre leurs problèmes à bras le corps.

Elles montent d’abord le projet au Kenya mais finalement, Julia a envie de revenir au Brésil : à quoi cela sert d’agir ailleurs quand il y a tant à faire dans son propre pays ? (Cette phrase résonne beaucoup en moi…)

Pourtant 7ième économie mondiale, 40 Millions de personnes vivent encore dans des favelas et seulement 10% des brésiliens vont à l’université. A coté de cela , le Brésil est un des plus gros consommateurs de technologie au monde mais n’en produit presque aucune . Voilà une belle opportunité pour Tunnel lab : encourager l’émergence des technologies et de l’entrepreneuriat pour lutter contre la pauvreté.


Une formation aux technologies et un incubateur de projets sociaux

Julia prend donc les rennes de l’ONG et commence l'aventure dès 2014 à Rio.

Le programme de Tunnel Lab est à destination des adolescents des favelas car ce sont bien eux qui représentent l’avenir et ne sont pas encore à 100% dans les mains des « cartels » de la drogue.

Le programme se décompose en 4 étapes :

- Etape 1: Démystifier et donner confiance :

C’est la partie dédiée au plus grand nombre de jeunes possibles. Pendant 20 jours, ils apprennent ce qu’ils n’apprennent pas à l’école (quand ils y vont) grâce des méthodologies comme le design thinking : travailler en groupe, utiliser les nouvelles technologies, créer une application téléphone, construire un business model etc... A la fin du programme, ils décident de résoudre un défi social de leur communauté via une idée de business à lancer. L’objectif est de leur donner envie d’apprendre en s’amusant, de leur donner confiance en eux, en leurs idées et de leur donner envie d’apprendre et de continuer leurs études dans le but d’aider leurs communautés. Pour avoir participé à cette étape avec des nouveaux jeunes, c’est hallucinant de voir qu’en seulement quelques jours, leur mentalité est totalement transformée.

- Etape 2 Accélérer des idées :

Les meilleures idées sont retenues et les jeunes qui le souhaitent peuvent continuer le programme pour affiner leurs connaissances en restant cette fois centrés sur leur projet.

- Etape 3 Incuber des projets :

Les meilleurs projets et les meilleurs groupes sont alors incubés par Tunnel Lab afin de les transformer dans la réalité. Ils sont guidés par des mentors pour réaliser des études de marché, affiner leurs business models et lancer leurs entreprises.

- Etape 4 Faire décoller des projets :

Tunnel lab accompagne les meilleurs projets pour maximiser leur impact en les aidant notamment à lever des fonds.


Think Big

2015 est l’année pilote. Plus de 100 jeunes ont déjà participé au programme Tunnel Lab et plus de 10 projets de social business ont vu le jour.

Mais Julia ne veut pas s’arrêter là, son objectif est de lancer nationalement Tunnel Lab. Pour cela, elle est en train de monter un programme de formation en ligne de «Tuteurs » qui seront alors à même de diffuser le programme dans des favelas à travers tous le Brésil . L’objectif est de pouvoir organiser le module dans le plus d’endroits possibles au plus grande monde : Son école est virtuelle , elle n’a pas de locaux , elle organise les formations chez ses partenaires et dans des universités partenaires. Grâce à cela , des centaines de projets concrets de social business vont pouvoir voir le jour dans des favelas et être incubés par Tunnel Lab .


Pour être un peu plus concret , voici deux projets que j'aime vraiment beaucoup que Tunnel Lab accompagne ! Il ne faut pas oublier que ces jeunes ont entre 14 et 17 ans !


Favela games

Favela gammes a été créé par 3 jeunes de 15 ans d’une des favelas les plus pauvres de Rio, ROCINHA : c’est une entreprise de jeux pour téléphone.

Pendant leur formation avec Tunnel Lab , ils se sont rendus compte que la plupart des favelas souffraient d’un manque de représentation POSITIVE Quand on parle des favelas , on pense à la violence , la drogue , les armes etc etc mais on ne parle pas de la formidable vie et culture qui s’y déroule ! En parallèle, ils se sont rendus compte que 78% des habitants des favelas avaient des Smartphones et que 82% d’entre eux jouaient à des jeux . Cela représente un marché de plus de 20 millions de joueurs ! Pourtant , aucun jeu ne les représentait vraiment .

Favela games a donc pour mission de développer des jeux pour téléphones qui reflètent la culture des favelas de manière POSITIVE !

Leur premier jeu s’appelle PASSINHO Dance , c’est un jeu de combat de «Passinho», une danse traditionnelle qui ressemble au break dance . En moins d’une semaine, leur démo a été téléchargée plusieurs milliers de fois. Aujourd’hui ils travaillent dur, en étant incubés par Tunnel Lab , pour développer leur business model et leurs futurs jeux .


Agua Mas

Le Brésil est aujourd’hui confronté à une sérieuse pénurie d’eau . Les réservoirs n’ont jamais été aussi bas et de nombreuses nappes ne sont plus utilisables car contaminées. La ville de Rio commence à peine à se préoccuper de ce problème en construisant des structures de traitement des eaux usées. Les favelas, en hauteur dans la plupart des endroits de Rio, sont confrontées depuis très longtemps à ce problème sans jamais avoir trouvé de solutions durables. C’est un des problèmes majeurs auxquels sont confrontés les habitants : certains dépensent énormément d’argent dans l’achat de bonbonnes d’eau ou de filtres, d’autres se lèvent à 4h du matin pour faire la queue à coté du réservoir. Les plus pauvres sont contraints à boire l’eau totalement polluée du robinet. Un groupe d’étudiants de 16 ans de Tunnel lab a donc développé une solution à moindre coût pour récupérer les eaux de pluie mais aussi l’humidité contenue dans l’air. Ainsi, une station individuelle de filtrage de l’air peut engendrer jusqu’à 4L d’eau par jour, ce qui est énorme pour une famille !


Et moi là dedans ?

C’est une petite équipe pour un énorme projet. Il y a beaucoup à faire et j’ai mis beaucoup de temps à comprendre tout ce que je viens de vous expliquer. Le plus gros enjeu pour Tunnel Lab aujourd’hui est la levée de fonds afin de pouvoir entamer le développement national et la construction de la plateforme en ligne. Je travaille donc à la préparation de tout cela en aidant Julia dans ses argumentaires, son business model et sur plein d’aspects pratiques comme un nouveau site internet, des vidéos et des photos.


Si vous voulez en savoir plus, je vous laisse consulter le site tout beau tout neuf que j’ai créé par ICI ( bon il est pas encore 100% fini).


Vive la vie et vive tunnel lab !

#Brésil

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