Le tourisme responsable, un vaste sujet


Depuis le début de l'aventure, j'ai, au final, pas mal travaillé sur des missions touristiques. Ce qui change avec la mission de Casas Del Peru c'est quelle s'inscrit dans une démarche de tourisme responsable. Tourisme responsable, tourisme durable, tourisme équitable, tourisme participatif, tourisme ethnique ...bla-bla-bla ... Ce sont des mots super à la mode. Presque toutes les agences en France commencent à revendiquer des circuits de ce type . Mais cela veut dire quoi au juste ?


Un peu de définitions (c'est la partie chiante)

- Le tourisme participatif est un tourisme qui fait participer la population d’accueil aux activités touristiques et qui fait participer les visiteurs à la vie locale du territoire visité. Il repense la relation entre touristes et résidents afin que la relation soit moins marchande et plus dans l’échange, l’authenticité et le partage. L’échange doit être envisagé dans les deux sens : C’est le tourisme d’un développement mutuel. Rencontrer et s’immerger pour mieux se comprendre mutuellement.

- Le tourisme solidaire fait référence à la solidarité que le tourisme peut apporter via l’implication dans l’économie locale des populations. L'activité ne profite pas qu'à un seul individu, elle concerne un groupe de personnes impliquées dans un projet. Pour qu'un tourisme soit réellement solidaire, donc profite à toutes les personnes impliquées, la distribution des ressources et des tâches doit être discutée localement de manière collective entre tous les membres d’un projet. On peut qualifier le tourisme solidaire également comme un tourisme équitable, qui promeut la notion de partenariat équilibré.

- Le tourisme durable est un tourisme qui permet la préservation à long terme des ressources naturelles, culturelles et sociales. Il ne s’agit pas seulement de minimiser l’impact du tourisme sur l’environnement ou les cultures, mais d’agir FAVORABLEMENT à sa préservation avec un impact POSITIF.

Ces trois types de tourisme étant défini comme un tourisme responsable.


Pourquoi faire ?

Pour que le tourisme soit une vraie opportunité pour l'économie locale et non pas une tornade dévastatrice de l'environnement et des communautés. Quand des millions de touristes commencent à débarquer à Angkor ou au Macchu Picchu, ce n'est pas les habitants de la région de Siem Reap ou de Cuzco qui en bénéficient totalement. Mais, la plupart du temps , les ( riches ) vietnamiens et les chiliens qui possèdent les lieux et les structures touristiques . Pour l'habitant ce n'est pas 100% une opportunité car on oublie que l'explosion du tourisme cela veut dire explosion inflationniste . Tout augmente : les terrains, l'eau , l'électricité , les biens de premières nécessités . Les zones les plus touristiques du monde, zones riches, deviennent alors le théâtre de toutes les inégalités .

L’inflation dans la zone autour du Machu Picchu est telle que les locaux n’arrivent plus à suivre . Le transport , l’eau , l’électricité sont devenus beaucoup trop cher pour leur permettre de vivre dignement . Voilà tout le paradoxe : c’est l’endroit qui génère le plus de revenus du Pérou , mais c’est également le lieu de naissance d’une nouvelle pauvreté. La consommation électrique et d’eau est telle que les résidents sont mêmes victimes de pénuries chroniques.


Alors bien sûr, tout n'est pas ni tout noir ni tout blanc. Le tourisme reste une opportunité car cela permet la construction de routes , d'hôpitaux, cela crée de l'emploi etc. etc. . Mais cela peut parfois aller trop loin . Comme avec cet aéroport qu'ils veulent construire à côté du Machu Picchu et y déloger des habitants ( alors que le site est déjà saturé de 2500 visiteurs par jour et que les terrains s'affaissent ) . Pour l'avoir visité ces derniers jours, le Machu Picchu n'est plus ce site incas mystique perdu au milieu des montagnes . Mais une cash machine complètement hallucinante . L'enjeu n'est pas de stopper le tourisme mais de faire bénéficier à tous de cette opportunité de développement . Cela ne me dérange pas de payer 75$ mon billet de train pour rejoindre le site , c'est le jeu , ils en profitent c'est normal. Mais quand j'apprends que 100% de ce revenu finit droit dans la poche d'un chilien, la c'est moyen.

On parle aussi de préservation culturelle . Combien de fois nous voyons ces tours organisés enfermés dans leur bus , enfermés dans leur hôtel . Tout est propre , tout est aseptisé . Ils ne sortent que pour visiter des monuments ou donner une pièce à cette femme déguisée dans la rue, dansant comme un clown en tenue traditionnelle , ou comme un animal domestiqué. Au choix . Ce n'est pas cela la valorisation d'un patrimoine . Cela ne doit pas être des clowneries pour mendier dans la rue, et c'est un peu la triste réalité du tourisme dans les pays du sud. Je ne parle même pas des tours en éléphants battus ou caresser des tigres drogués en Thaïlande .

Les flux touristiques vont atteindre des milliards de personnes . Imaginez quand les classes moyennes chinoises et indiennes vont commencer à voyager à l'extérieur de leur pays comme ils voyagent dans le leur (ce sont des énormes voyageurs) . On ne va pas leur reprocher de vouloir faire ce qu'on fait depuis 40 ans . Ces opportunités de développement touristiques sont super sur le papier mais les conséquences ne sont pas assez bien maîtrisées . Le tourisme responsable cela ne devrait pas être la spécialité d'une poignée d'agence l'utilisant comme un argument marketing . Cela être une considération indispensable de chaque voyageur, qui se demande si ce qu'il fait profite bien aux locaux , sans détruire leur environnement et leur patrimoine .


Est-ce hypocrite ?

Un peu . C'est comme pour les problèmes environnementaux : la solution n'est pas de soulager sa conscience en compensant ses émissions de carbone , mais bien de les réduire directement . Si on ne veut pas polluer , et bien on ne voyage pas. Si on veut préserver des sites, la solution ultime serait de ne pas les visiter. Comme avec les tribus , on les laisse tranquilles. C'est bien beau tout cela mais pourtant les gens, nous , MOI , on a quand même voulu aller voir le Machu Picchu . Comme tout le monde. Cela m'interroge beaucoup sur notre hypocrisie de voyageur, notre volonté de chercher l'authentique et de TOUJOURS repprocher aux autres de vouloir faire la même chose que soi. On se sent triste quand on constate que des populations se sont modernisées au détriment de leurs habitudes culturelles et que des milliers de touristes souhaitent les rencontrer . Mais pourtant on devrait se réjouir de leur amélioration de leur condition de vie . Vaste sujet. Ce que je crois savoir, c'est qu'il y a un juste milieu à trouver.


Par exemple, quand des touristes vont visiter des orphelinats , ils ne se rendent même pas compte quand faisant cela ils encouragent le système . La plupart des enfants du " soi disant " orphelinat ne sont pas du tout orphelins . Leurs parents les envoient loin de chez eux car c'est un business lucratif les orphelinats ( les parents gagnent de l'argent) . Est ce qu'en France les touristes japonais visitent les orphelinats ou centre de délinquants ? Bien sur que non .


C'est un sacré sujet le business de la pauvreté , visiter les pauvres , les bidonvilles , les favélas etc. etc. Vous avez déjà vu vous des groupes de chinois au milieu des caravanes de roumains en banlieue parisienne ? Tout comme dans les quartiers nord de Marseille ? Bien sur que non . C'est de notre responsabilité de ne pas encourager la mise en scène de la pauvreté dans les pays du sud .

L'UNICEF fait un sacré bon boulot sur ce sujet, d'ailleurs, avec des campagnes de sensibilisation contre les visites d'orphelinats assez percutantes.

Et Casas Del Peru ?

Carlos , comme pas mal de Péruvien , a eu la chance de pouvoir partir faire ses études en France . Il a réussi à décrocher une bourse car il a un projet qui lui tient à cœur depuis longtemps : Remettre l'habitant au cœur du tourisme au Pérou. L'objectif est double : développer un tourisme équitable et participatif avec une rencontre plus authentique .

Nous avons vogué dans le sud du Pérou ces derniers jours et c’est vrai que je me sens frustrée. Cela fait bien longtemps que je ne m’étais pas aussi sentie aussi éloignée d’une population en visitant son pays . L’échange est absent et je n’arrive pas à comprendre pourquoi.

Casas Del Peru est un réseau de dizaines de logement chez l'habitant dans le sud du pays . Bientôt ils compteront des logements dans tous le pays . Ce n'est pas simplement dormir chez les gens , mais bien AVEC eux . On ne se parle pas de guest house ou Airbnb mais bien un échange authentique réel autour d'une nuit , d'un repas et d'un partage d'un savoir faire (car l'habitant est incité à faire découvrir son métier aux touristes ). Fini la phrase " Nuit chez l'habitant " qui est devenu tellement à la mode . Toutes les agences le proposent mais cela reste vide et creux. Casas Del Peru facilite une expérience 100% VRAI . Accueillir chez soi est un complément de revenu , pas une activité à part entière car sinon on se parle d'un hôtel . Casas Del Peru permet la mise en relation des voyageurs et de ses familles .

On vit actuellement l'expérience a Lima puisqu'on vit chez Lourdes et Domitilia . C'est potentiellement une des expériences humaines les plus fortes . Grâce à notre venu, elles ont pu installer l'eau chaude et une machine à laver dans leur maison . Elles améliorent leur condition de vie . Mais ce n'est pas tout . On apprend beaucoup sur la vie d'un péruvien, mais pour elles, aussi, c'est un apprentissage . C'est voyager d'avoir des étrangers dans sa maison !


On espère que grâce à notre travail , Casas Del Peru va continuer à se développer car c'est une initiative qui mérite d'être connu et se développer dans tous les pays du monde . C'est un exemple concret de tourisme plus participatif .


A très vite !


Vive la vie !

#Pérou

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