Un bilan à mi-parcours du fond de mon petit coeur


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Ferme les yeux.


Cela fait 6 mois. Une éternité. Des milliers de visages. Une goutte d'eau pour vous, une vie presque entière pour moi.


Je ne vais pas vous faire un bilan à la jefaisunvoyageautourdumondetropcool.com . Je ne vais pas vous dire que mon pays le plus surprenant à été la Birmanie, le plus émouvant à été l’Inde , le plus accueillant les Philippines, le plus réconfortant Hong Kong , le plus sportif le Népal, le plus difficile la Birmanie, le plus intéressant les Philippines, le plus joli la Birmanie, le moins nouveau le Népal, le plus traumatisé le Cambodge, le plus dépaysant ( encore et toujours) l’Inde, le plus festif le Cambodge, le plus souriant les Philippines, le plus discret la Birmanie, le plus envahissant, sale et oppressant (encore et toujours) l’Inde, le plus amaigrissant le Népal , le plus savoureux (encore et toujours) l’Inde , le plus moderne Hong Kong, le plus chaud le Cambodge(40°), le plus froid le Népal (-27°), et le plus remuant (encore et toujours) l’Inde. Je ne vais pas vous le dire car ce projet, c’est plutôt le chemin de traverse que j’ai choisi pour devenir ce que j’aimerais être demain. Pas un listing de belles destinations en top 10 du guide Lonely Planet.


Aujourd’hui, après 6 mois, je n’ai jamais été aussi contente d’avoir choisi de voyager en participant à des projets, en découvrant des choses importantes pour moi. Je n’ai pas envie de voir ce qu’il y a voir. Je veux voir ce que moi j’ai besoin de voir. Et cela me fait louper une multitude de choses. Je n’ai vu que 5 à 10% des pays dans lesquels j’étais. Un tout petit aperçu, d’un seul endroit parfois. Mais un aperçu long, lent et profond. Si un tour du monde est une liste de destinations, de sites majestueux, de paysages à couper le souffle, on peut considérer que mon projet n’en est pas vraiment un. Pour autant, j’en ai bien marre de faire et défaire mon sac à dos, de vivre sans presque aucune intimité et parfois confort, de manger du riz à chaque repas et de laver ma lessive à la main.


Pendant ces 6 mois, j’ai donc participé à « six projets ».

En Inde, j’ai appris à surmonter la mort et la regarder droit dans les yeux. J’ai appris à tendre la main à un lépreux et à l’embrasser avec dignité.

Au Népal, je me suis retirée du monde. Au sens strict comme au figuré. Ce n’était plus les autres que je regardais droit dans les yeux mais bien moi-même. J’y ai appris à ouvrir la porte de ma nouvelle vie. Une vie dans laquelle j’ai pleinement conscience de moi-même.

En Birmanie, j’ai appris à découvrir le monde de l’humanitaire et des ONG. Un monde inconnu et bien opaque dans un pays si traumatisé.

Au Cambodge, j’ai appris à mettre en pratique mes compétences pour un social business naissant. J’ai appris à travailler avec des personnes très différentes de moi.

A Hong-Kong, j’ai vécu comme une expatriée. J’ai pris conscience que l’entrepreneuriat est potentiellement tout simplement ce moment où tu arrêtes d’avoir peur.

Aux Philippines, j’ai côtoyé des entrepreneurs inspirants qui souhaitent changer le monde. J’ai appris que j’en serais capable moi aussi.


On dit qu'on ne change pas (on ne change pas…) pendant un voyage , mais que l'on découvre qui l'on est . J'ai donc découvert que j’étais quelqu'un de fragile, de dépendante. Quelqu'un qui n'aime pas les au revoir. Quelqu'un de nostalgique. Quelqu'un qui aime beaucoup trop ses amis. Mais j'ai aussi découvert quelqu'un de calme, tranquille, posée , voir même solitaire. Quelqu'un capable de jongler entre le tout et le rien , l'engagement et la contemplation , des nans aux dim sum . Je suis sûre que les personnes qui me connaissent, et qui lisent ces lignes, n'auraient pas forcément utilisé ces adjectifs en premier lieu pour me décrire . Ou alors c'est qu'elles me connaissaient mieux que moi. To be continued avec les 6 prochains mois.


J’ai décidé de partir loin. Loin de tout. Seule. Depuis le début, la culpabilité de ce choix égoïste me ronge un peu. Je suis loin de mes amis et de ma famille. Pour autant, je n’ai jamais été si proche d’eux . Ils sont avec moi, tous les jours , à chacun de mes pas . Je n’ai jamais eu autant de temps pour penser à eux et comprendre leur vie. Je ne sais pas qui à inventé la citation « Loin des yeux , loin du cœur » mais elle ne m’a jamais semblé aussi absurde qu’aujourd’hui.


Ainsi j’ai confirmé, reconfirmé et survalidé pendant ces 6 mois ce que je savais déjà :

J'aime les gens .

Agir rend heureux .

Le monde a bien trop de trésors pour ne pas le découvrir tout entier.


Quand je regarde derrière mon épaule je vois Alapana assise en tailleur en train de regarder le ciel. Je vois les mains que j'ai serrées jusque dans la mort aux sons des prières des sœurs. Je vois le sourire de cette patiente qui décèdera le jour d’après pour avoir simplement eu le malheur d’avoir la diarrhée. Je vois le coussin de méditation qui ma torturé des journées entières. Je vois le snickers de récompense à la fin de mon supplice. Je vois les sourires et les yeux qui pétillent de pouvoir reparler après ces longues journées de silence. Je vois le moulin à prière de Langtang Village qui ne tournera plus jamais. Je vois les crevasses de neige dans lesquelles je me suis enfoncée pour rejoindre ce sommet à 5200m. Je vois les sourires discrets et polis des Birmans . Je vois cette petite serveuse handicapée, à Kalaw, qui nous court après pour nous offrir une banane. Je vois le regard dans le vide de Sam nous racontant son emprisonnement politique et la torture pour avoir été un des bras droits d’ Aung San Suu Kyi. Je vois les rires étouffés des étudiantes de l’école du Bayon et leur regard malicieux quand elles m’ont offert mon gâteau de départ. Je vois les fous rires complices avec ma copine Marie, une de mes plus belles rencontres de voyage. Ou même rencontre tout court. Je vois tous les repas familiaux que j’ai partagé avec ma famille à Hong Kong et l’extrême apaisement que cela m’a apporté. Je vois Ying Ying et Yang Yang en train de danser avec Claire dans la salle à manger de tita Dele à la ferme GK. Je vois mon entière admiration de tous les projets que j’ai découvert chez Gawad Kalinga. Je vois ces moments gênés, timides et émouvants à chaque fois que je marchais dans un aéroport pour serrer dans mes bras Benoit , mon copain.

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Quand je regarde derrière mon épaule, je vois surtout chacun des visages que j’ai rencontré au Langtang. Le tremblement de terre qui a eu lieu au Népal m’a absolument bouleversée. Quasiment la moitié des habitants que j’avais rencontré 1 mois et demi auparavant, sont décédés . Des voyageurs français aux projets similaires aux miens y ont laissé également la vie. Je pense à eux à chacun des jours qui passent en me disant que ce n’était pas mon heure. Ils étaient au paradis avant de rejoindre les étoiles.


Je souhaite à tout le monde de vivre ce que je suis en train de vivre . Pas de voyager hein . Mais de prendre du temps . La vie continue et toi tu l'observes à la terrasse d'un café.


Vive la vie !


Mais je vous souhaite aussi de voyager…

#bilan

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