L'incubateur de social business GK


Je vous ai déjà parlé de certains projets que j’ai découvert parmi des dizaines de super initiatives. Je ne vous ai pas encore parlé de ce qui m’intéressait vraiment de découvrir : comment fonctionne l’incubateur de la ferme et son équipe.


L’incubateur est une équipe de quelques personnes leadée par Shannon, un des créateurs de la marque Bayani Brew, le business le plus développé de la ferme.

Bayani Brew est une marque de boissons de thé glacé, inspirée des recettes des titas et d'ingrédients philippins comme le Lemon Grass. La marque cartonne, elle est distribuée dans des centaines de points de vente à travers toutes les Philippines. Parce qu’il a été un des premiers business à percer nationalement, Shannon est l'une des personnes les mieux placées pour aider les autres entrepreneurs. Comme il le dit lui même : « On a fait énormément d’erreurs que les autres peuvent éviter pour gagner du temps ! »


Qu’est ce qu’un incubateur ?

Traditionnellement, un incubateur est une structure d'accompagnement de projets de création d'entreprises. " L'incubateur peut apporter un appui en termes d'hébergement, de conseil et de financement, lors des premières étapes de la vie de l'entreprise." (Merci wiki).

Globalement c'est un peu la vision de l'incubateur de la ferme . Ils vont même un peu plus loin puisque leur vison est d’inspirer, accompagner et créer une communauté d'entrepreneurs sociaux ici à Angat.

Pour cela ils ont plusieurs missions :

  • Ils conseillent et accompagnement chacun des entrepreneurs dans leur stratégie de développement. Un vrai coaching pour les forcer à réfléchir à chacune des étapes qu'ils doivent franchir, petit à petit , tout en travaillant une vision long terme assez ambitieuse pour changer l’économie. Cela se fait de manière informelle, avec des rendez vous mensuels, et de manière formelle, avec la construction de documents de suivi.

  • Ils monitorent le business et l'impact social de chacun des projets.

  • Ils mettent à la disposition des entrepreneurs des outils pour les aider dans le cadrage de leur business. Par exemple en leur donnant des modèles de business plan ou même des plans comptables simplifiés car certains écrivent toujours leurs ventes sur un bout de papier qui traine. En parallèle, ils les forment à ces outils et à des notions indispensables de droit, de vente ou de comptabilité.

  • Ils organisent des soirées d'ouverture, des conférences et séances d'échanges pour favoriser le Networking et la création d'une vraie communauté d'entrepreneurs Gawad Kalinga.

  • Afin de développer l'entrepreneuriat à l'extérieur de la ferme, ils organisent des business camps pour inspirer le plus possible les philippins à entreprendre.

  • Enfin, ils travaillent sur la réplication de ce modèle dans d'autres communautés Gawad Kalinga à grande échelle.


Des enjeux de taille difficile à résoudre

L'incubateur est une super projet et il y a d'énormes besoins auxquels ils répondent avec brio. Les business camps sont devenus très populaires dans le réseau d’entrepreneurs de Manille et inspirent de nombreuses personnes à se lancer. Les entrepreneurs de la ferme construisent petit à petit leur plan et comptent beaucoup sur Shannon, brillant stratège qui m’impressionne beaucoup. Toutefois, l’équipe fait face à plusieurs enjeux :

  • Les outils sont là, c’est très impressionnant, mais malheureusement peu de monde les utilise. Les entrepreneurs ne mettent pas toujours en pratique ce qu’on leur apprend, ils ne sont pas rigoureux et ils oublient que ces outils existent pour les aider. Remplir un fichier Excel est déjà une étape difficile pour eux, et la moitié ne sait pas suivre ses ventes et ses dépenses afin de savoir s’ils sont bénéficiaires. C’est tout de même incroyable de travailler sans savoir si on gagne de l’argent ! Beaucoup d’entrepreneurs ont donc travaillé pendant des mois avant que quelqu’un les aide à mettre le nez dans leurs dépenses. C’est comme si l’étape des outils et de la base de données était déjà une étape trop avancée et qu’il manque une étape de formation préparatoire. Mais pas forcément en skills techniques mais en softskills : apprendre à devenir plus pragmatique ! C’est quelque chose qui manque, à priori, cruellement aux entrepreneurs philippins et cela leur complique grandement la tache. C’est dur comme constat. La formation, l’inspiration, l’accompagnement au quotidien est la clé.

  • Le développement des business à l’extérieur du microcosme de la ferme est une étape qui reste trop difficile à franchir aujourd’hui. Peu d’entreprises de la GK Farm existent sur le marché extérieur, par exemple en étant vendu à Manille. Cela me rend extra septique sur l’étape de l’industrialisation des projets à l’étape nationale. La plupart des entrepreneurs connaissent très mal leurs cibles et pensent adresser des produits seulement à des personnes « social sensitive » (intéressées par le social business) car ils auront le logo GAWAD KALINGA sur leurs produits. La cible est bien évidemment trop petite pour être intéressante. On ne construit pas un business pour simplement vendre des échantillons à des visiteurs tout en racontant une belle histoire de quelque chose qui n’existera pas. Ou alors on assume que cela ne nous rapportera jamais plus que quelques centaines de dollars.

  • L’impact social est un sujet tout aussi délicat. Certains entrepreneurs se considèrent comme étant un « social business » car ils emploient des titas ou des titos de la communauté. Il ne suffit pas de donner un emploi à des personnes pour être un social business. L’entreprise doit durablement avoir un impact social ou environnementale positive, et réinvestir ses bénéfices à ces fins, sinon toutes les entreprises pourraient être considérées comme « social business ».

  • Les entrepreneurs ont des business très hétérogènes. C’est une grande force car cela permet l’ouverture et l’échange. Mais de la simple idée à une entreprise Nationale comme Bayani Brew, il y a un écart énorme. Cela peut rendre compliqué la tache de l’incubateur dans la mise en place de process, d’instances de contrôle et la mise à disposition de services.

  • L’incubateur aimerait mettre en place plus de régulations et des règles : les droits et les devoirs des entrepreneurs dans l’incubateur Gawad Kalinga. On ne peut pas bénéficier d’un espace de développement d’une entreprise et de conseils gratuits sans avoir de résultats. Mais cela leur pose une vraie interrogation sur leur rôle et leur autorité : instance de contrôle, de régulation, d’inspirations, d’accompagnement, de formations ou simple équipe qui aide ponctuellement ? Ce qui est sur c’est qu’ils ont besoin de mieux monitorer les résultats business et sociaux qui ne sont pas forcément au rendez vous pour tous les entrepreneurs.

Ces interrogations sont un peu significatives de la manière de fonctionner ici. C’est un modèle très intéressant du Learning by doing, Start Small Think Big ou encore d’une organisation verticale sans structure hiérarchique. Avec tous les avantages et les inconvénients que cela comporte.

Tu as envie de faire quelque chose ? Vas y essayes. Fais le. Ne te pose pas de questions. La ferme est là pour voir si cela peut tenir. Innover nécessite de tester son idée, la confronter très rapidement à la réalité pour éviter de tourner dans une roue de hamster pendant des mois avant de se rendre compte que cela ne pouvait pas marcher.


De très nombreux acteurs du changement ont commencé comme cela : en agissant petit mais en s’accrochant à une vision qui restait très haute et ambitieuse. Tito Tony a d’abord construit un village à Manille pour les chefs de gang avant de changer la vie de millions de personnes. Muhammad Yunnus, inventeur du micro crédit, a commencé par prêter 27 dollars à une poignée d’entrepreneurs dans un village du Bangladesh avant que son concept bénéficie à plus de 300 millions de personnes dans le monde.


A très vite pour le bilan du mois !


Vive la vie !



#Philippines

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