La révolution Gawad Kalinga !


GK farm commmunauty

Gawad Kalinga signifie « Prendre Soin » en Tagalog, la langue philippine.

L’organisme a été créé en 2003 pour éradiquer la pauvreté d’ici 2024. Rien que ça. Derrière cette belle mission, se cache un fondateur passionnant : Antonio Meloto.

C’est une vraie star ici aux philippines, mais c’est aussi une super star du monde du social business. Quand il n’est pas aux quatre coins du monde pour des conférences, il se lève aux aurores pour rejoindre la ferme à 6h tapante. Les enfants se font bénir la tête dès qu’ils le croisent. Malgré son statut de super star, il reste très proche du terrain et des communautés. Il est adoré autant qu’il est craint, on ne change pas tout un système en claquant des doigts. J’avoue que je me sens dépossédée de mes moyens dès que je dois lui parler. Que dire à un futur (j’espère) prix Nobel de la paix ?


Antonio Meloto, un visionnaire un peu fou

Antonio, dit « Tito Tony » (l’oncle Tony) est un philippin comme les autres. Venant d’une famille assez pauvre, il réussit à décrocher une bourse pour ses études. Brillant, il intègre le géant Procter & Gamble, un des leaders mondiaux de l’industrie de l’hygiène et des produits de beauté. Il y gravit les échelons petit à petit.

Vers la quarantaine, son job ne lui apporte plus satisfaction, il n’y trouve pas de sens et se sent déconnecté de la réalité des philippins : « L’argent peut acheter le plaisir, mais il ne peut pas acheter le bonheur ». Il s’engage alors dans l’association CFC (Couples for Christ). C’est avec cette ONG qu’il part pendant 1 mois vivre dans le bidonville de Bagong Silang, le plus grand bidonville de Manille, afin de se reconnecter à la réalité de son pays. Il y constate que la plupart des programmes d’aides s’adressent aux victimes (les femmes) sans prendre le taureau par les cornes et proposer des programmes durables pour les hommes. Il y constate également que les pauvres sont eux même la solution: grâce au « génie des pauvres » ils parviennent toujours à optimiser leurs faibles ressources. Il faut leur redonner confiance en eux pour qu’ils puissent exprimer ce génie.

C’est à la suite de cette expérience qu’il décide de créer, à l’intérieur du bidonville de Bagong Silang, un camp pour jeunes chefs de gangs. C’est le début des communautés Gawad Kalinga. Grace à ses nombreux contacts, il réussit à réunir rapidement des fonds afin de commencer à mettre en place le plan Gawad Kalinga 2024 : Eradiquer la pauvreté en une génération.


Les Philippines, un pays très pauvre mais pourtant plein de ressources

1/3 des philippins vit dans la pauvreté, soit plus de 30 millions de personnes.

Mais Tito Tony ne parle pas simplement de pauvreté matérielle, mais aussi de pauvreté du cœur et de l’esprit. Après 150 ans de colonisation, le pays a besoin de prendre son destin en main, de développer une culture de l’entrepreneuriat, de l’initiative et de l’empowerment. Les Philippins manquent clairement de confiance en eux et de qualification. On assiste alors à un double phénomène : les pauvres affluent vers les villes pour trouver du travail très peu qualifié et les riches quittent le pays pour trouver un meilleur avenir. Une vraie fuite des cerveaux.

A coté de cela, le pays est très riche en ressources naturelles mais il ne sait pas les utiliser. Selon lui, les Philippines n’ont aucune excuse pour rester pauvres : « Nous avons 12 millions d’hectares fertiles prêts à être cultivés et néanmoins 18 millions de philippins ont des problèmes d’alimentation. 99% des nos produits laitiers sont importés et 85% de nos chocolats proviennent de pays qui n’ont pas un seul cacaotier sur leur territoire alors que le climat des Philippines est idéal pour la production des meilleures fèves de cacao ! Clairement, nous n’avons pas su jusqu’à présent administrer correctement cette terre fertile pour permettre à tous de bien y vivre et éviter par la-même l’exil à l’étranger de plus de 12 millions de personnes, qui enrichissent par leur travail des pays qui le sont déjà ! »


Une vision en trois étapes

L’objectif un peu fou est d’éradiquer la pauvreté d’ici 2024

Pour y arriver, Tony a construit un plan en trois étapes :

  • La première étape (2003-2010) est appelé « justice sociale » : « de la terre aux sans terres, des maisons aux sans-abris, de la nourriture aux affamés, de l’eau aux assoiffés, de l’électricité à ceux qui sont dans l’obscurité ». C’est l’étape la plus importante car la plus urgente, elle répond aux besoins primaires.Gawad Kalinga a donc créé plus de 25 000 communautés à travers les Philippines, relogeant des millions de personnes vivant dans des bidonvilles. Chaque communauté est en fait un village de 50 à 60 maisons. GK fournit les matériaux, les particuliers le terrain et les habitants construisent eux-mêmes leur maison. C’est très important que les habitants contribuent à la construction (un apport en sueur) pour qu’ils comprennent que ce n’est pas la charité qui leur permettra de sortir de la pauvreté. Cela dépend de leur propre volonté. Les maisons en dur remplacent, alors, progressivement les bidonvilles. Une fois relogés, les habitants constituent la communauté. Ils apprennent à suivre des règles très strictes : pas d’alcool, pas de drogue, pas de violence. Chaque famille doit trouver sa place en trouvant du travail à l’intérieur (en vendant de la nourriture avec un shop par exemple) ou à l’extérieur du village.

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  • La deuxième étape (2011-2017) est appelé « le talent social » : il s’agit de développer le leadership à travers les communautés afin qu’elles deviennent autosuffisantes, en nourriture mais aussi économiquement. Cette étape comprend différents projets : La revalorisation du travail de fermiers afin qu’ils puissent vendre les récoltes des terres peu exploitées. C’est aussi ici qu’intervient la « Enchanted Farm » d’Encanto où je me trouve, avec l’incubateur d’entrepreneurs sociaux. L’objectif est de stimuler la création d’entreprise à l’intérieur des communautés en utilisant leur savoir faire. Ils apprennent à valoriser les ressources non exploitées (naturelles ou de compétences), à imaginer l’industrie philippine de demain, à diminuer les importations non nécessaires tout en utilisant la main d’œuvre des communautés. Cela répond à un double objectif social : donner du travail aux villages et se réapproprier l’économie locale. Je vous en reparlerais plus en détails avec des exemples d’entrepreneurs. Un troisième autre gros projet de cette étape, est de favoriser la formation des entrepreneurs de demain : ils ont crée une université pour les jeunes des communautés afin qu’ils puissent apprendre à gagner confiance en eux (SEED : The School for Experiential and Entrepreneurial Development).

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  • La troisième étape (2018-2024) est appelé « le progrès social » : c’est l’étape d’éclosion de la classe moyenne et de l’économie. Les entrepreneurs commencent à rayonner au delà de leur communauté et industrialisent leurs produits. Ils créent la nouvelle économie des Philippines, apportant la prospérité à des millions de personnes grâce à ce nouveau marché du travail.Les Philippins passent alors de la pauvreté à la prospérité, de la honte à l’honneur, du tiers monde à un pays leader de l’économie mondiale.


Voilà que ce que j’aime découvrir à GK : la plupart des ONG que j’ai rencontré jusqu’à présent s’arrêtent à la première étape. GK a une vision.On ne peut qu’être admiratif du succès de la première étape : des millions de personnes en ont bénéficié. L‘étape deux est en cours, ils ont effectivement crée un vrai eldorado, un Silicon Valley du social business, ici, à Encanto. J’avoue que je suis toutefois sceptique sur l’étape trois du plan. Pour le moment le marché des entrepreneurs reste très autocentré sur la ferme. J’ai du mal à imaginer, de prime abord, comment ils vont passer à l’étape de l’industrialisation de leurs idées. Cela sera une des mes principales interrogations lors de mes rencontres d’entrepreneurs.


Le parcours inspirant de Tito Tony m’apprends plusieurs choses : son expérience chez P&G lui a clairement permis de mettre en place ce plan. C’est un visionnaire, certes, mais il est aussi très pragmatique et a construit sa vision comme on construit un plan marketing. Il a du d’abord passer par un parcours classique chez P&G pour s’armer des meilleurs armes. Puis il a du s’immerger dans l’observation pendant 8 ans (de 1995 à 2003) avec CFC pour comprendre la réalité des problèmes. Et seulement après cela, il est passé à l’action. Son action n’aurait jamais eu une telle ampleur sans ce cheminement.


J’ai hâte de vous raconter mes premières rencontres d’entrepreneurs. Vive la vie !


#Philippines

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