A la rencontre du social business THE FAIR EMPLOYMENT AGENCY


Hong Kong Street

Hier matin j’ai rencontré un chouette type !

Il s’appelle Scott Stiles, il est Hawaïen, il a mon âge et il a monté depuis 2 ans un INCROYABLE social business ici à Hong Kong.


Tout part d’un problème

Il suffit de se balader à Hong Kong un dimanche ou un jour férié pour se rendre compte de l’ampleur du phénomène : Hong Kong est envahit par les « helpers ». Les helpers sont les hommes, mais la plupart du temps des femmes, qui aident les familles Hong Kongaises et les expatriés. Ce ne sont pas seulement des femmes de ménages. On les appelle les « Helpers » car elles aident sur TOUS les sujets. Elles s’occupent de ranger , nettoyer , faire la lessive , le repassage , faire à manger , chercher les enfants , les amener au parc , ramener les livres à la bibliothèque , poster votre courrier ou même payer les factures . Elles peuvent tout faire.Le dimanche est leur jour de repos. Comme la grande majorité vit chez leur employeur, elles n’ont nulle part où aller pour se retrouver. Les rues de Hong Kong sont donc envahies par des philippines (50% sont philippines). Elles s’assoient sur un petit bout de carton, elles jouent aux cartes, partagent un repas traditionnel, dansent, chantent. Quand il pleut, elles envahissent les couloirs du métro. Hong Kong, qui en semaine est une ville super propre où rien ne dépasse, devient alors un joyeux bordel au rythme des piaillements philippins.

Mais le problème n’est pas qu’il y ait des helpers dans toutes les rues de Hong Kong le dimanche, l’économie a besoin d’elles !


Le problème c’est le trafic d’être humains. La plupart des helpers viennent à Hong Kong car elles sont des « breadwinners » comme me l’a expliqué une helper. Elles sont envoyées par leur famille, parce qu’elles sont les ainées (et donc les breadwinners) pour subvenir aux besoins de tout le monde . Hong Kong est perçu comme un eldorado.

Beaucoup de personnes peu scrupuleuses profitent de ce système :

Hong Kong Helpers Problem

- Les agences qui mettent en relation les helpers et les familles. Globalement ils sont très riches car ils facturent à la fois le Helper (d’une commission de 10 ,20 voir 30% du salaire mensuel) ET les familles qui les emploient. Tout cela, sans vraiment s’assurer des compétences, sans contrat de travail digne du nom et en bafouant de nombreux droits de l’Homme. Les helpers dorment parfois par terre dans un cagibi de moins de 2m².

- Les brokers, qui agissent comme une mafia, mettent en relation les helpers de leur pays d’origine avec les agences. Afin de permettre au helper de payer les frais d’agences, ils leur font des prêts exorbitants à 40 ou 50% d’intérêt. S’en suit alors un tourbillon d’endettement où le helper finira souvent par ne plus pouvoir payer.


The Fair Employment Agency

C’est ce problème ci qu’a constaté Scott lors de son stage de fin d’étude (en finance) il y a 2 ans. Bien sur, il existe de nombreuses ONG qui militent pour des meilleures conditions de travail et tout le blablabla de protection des droits des hommes. La situation nécessitait bien plus qu’une simple alerte de l’opinion publique.

The Fair Employment agency solutions

Scott a donc crée THE FAIR EMPLOYMENT AGENCY, la première agence éthique de Hong Kong. C’est un social business typique : ils aident à mettre en relation les helpers avec les employeurs, sans passer par des brokers. C’est un business car ils facturent des frais. Mais uniquement aux employeurs. Voilà toute la révolution du modèle. Les helpers n’ont pas à reverser une part de leur salaire, ont un vrai contrat de travail incluant des heures de repos, des jours de congés, des vacances et même une protection sociale.

Au delà de la mission sociale honorable, cela reste un business et l’objectif est d’être la MEILLEURE agence de Hong Kong. Bien sur que les employeurs sont sensibles aux arguments marketing de l’agence éthique, mais au final, ce qui est important c’est que l’agence soit EFFICACE. The Fair Agency travaille donc très fort pour avoir « the perfect match ». Ils organisent des entretiens, des tests, des rencontres pour être certains que tout le monde soit content. Et cela marche. Depuis 2 ans, l’agence place plus de 40 helpers par mois. C’est le même coût pour la famille, sauf qu’ils trouvent un helper efficace, qui lui gagnera mieux sa vie afin de lui permettre de sortir du cercle de la pauvreté.


Scott voit plus loin. Il veut en finir avec le trafic d’être humain en Asie. Il veut révolutionner le marché et redéfinir ses standards. Et c’est bien ce qu’il est en train de faire à Hong Kong. On peut imaginer un système équivalent dans de nombreux marchés très opaques comme celui du bâtiment en Europe.


« Social entrepreneurship means Changing Market »

Scott Stiles

Au delà de son social business passionnant, la partie la plus intéressante de notre rencontre fut les discussions autour de ce que cela signifie d’être un entrepreneur social et de faire du social business.

Scott préfère voir le verre à moitié vide afin de pouvoir passer à l’action pour le remplir. On peut dire que la plupart du temps je vois le verre à moitié plein. Je m’enthousiasme à chaque initiative et ma devise est plutôt « c’est tout de même mieux que rien ». Je lui racontais comment je trouvais que le visage de l’entrepreneuriat français était en train de changer avec de nombreuses initiatives sociales portées par des jeunes. Que c’était la première étape du changement, une prise de conscience massive de notre pouvoir de changer les choses. Scott pense plutôt l’inverse. Il trouve que de nombreuses initiatives parasitent le changement. Ce qui est important pour lui, ce n’est pas la prise de conscience, de parler du changement ou d’alerter l’opinion publique comme pouvaient le faire les ONG sur le sujet des helpers à Hong Kong. Le plus important c’est l’action. Le plus difficile pour lui dans le lancement d’un business, ce n’est pas l’idée, le business model ou le plan marketing. Pas besoin de conseils pour cela, si tu es bon, tu sauras le faire. Le plus difficile c’est l’exécution et la transformation dans la réalité. S’atteler à résoudre un problème en passant à l’action. Il faut pouvoir mesurer, monitorer son impact et s’atteler à changer fondamentalement le marché auquel notre problème fait référence.

Il me parlait notamment de Blake Mycoskie qui a crée TOMS Shoes : Pour chaque chaussure vendue, il en distribue une paire dans un pays en développement. Dans son autobiographie, il parle beaucoup des raisons pour lesquelles il s’est senti investi d’une mission auprès des personnes pauvres. Mais à aucun moment il ne parle de comment il veut en finir avec leur pauvreté.

Au final, j’étais assez d’accord sur la mesure du changement, s’atteler au fond du problème. Il ne faut pas que le blabla devienne suffisant pour calmer notre conscience morale, comme peut le faire dans une certaine mesure Blake Mycoskie. Il ne faut pas que cela soit fun. Il faut que cela soit impactant. Sauf que, selon moi, réveiller les consciences, créer des vocations, c’est tout aussi important. Si ce n’est pas toi qui révolutionnera le marché du helper à Hong Kong, c’est peut être ton ami, parce que tu l’aura encouragé à étudier le sujet. Tout le monde ne peut pas avoir 26 ans, être un talentueux hawaïen et révolutionner un marché à l’autre bout du monde. Comme cela. Juste en se lançant.


Mon prochain projet aux Philippines portera d’ailleurs un peu sur ce sujet : l’incubateur de projets sociaux de Gawad Kalinga. On aura l'occasion d'en parler plus tard mais pour Scott, l’incubateur n’est efficace que s’il t’aide dans l’exécution ou le financement, le reste étant peu éfficace. Le problème majeur restant la mesure de l’impact. J’ai hâte de me créer ma propre opinion !


En tout cas, ce que je retiens fondamentalement de cette rencontre, au delà de l’opinion de chacun, c’est que cela me donne envie de choisir un problème. Il y en a pleins des problèmes, et de réfléchir à comment changer son marché de référence, comme l’a pu faire Scott. Cela semble tellement simple en l’écoutant. Il suffit juste de se lancer.


Vive la vie les copains !


Pour en savoir plus :

The Fair Agency : http://www.fairagency.org

HK Helpers Campaign : http://hkhelperscampaign.com/en/

Un petit article intéressant : http://www.scmp.com/magazines/post-magazine/article/1568215/maid-pay

Toms Shoes : http://www.toms.fr

#hongkong

DERNIERS CARNETS :
LA BIBLIOTHEQUE :
LES CARNETS PHOTOS :
Lonely planet 1month1project

Un tour du monde avec du sens !