La suite des rencontres birmanes !


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Durant ce mois en Birmanie, je suis un peu comme Tom Sayer avec son baluchon : je vogue de ville en ville à la rencontre de ceux qui donnent du souffle à la Birmanie.

Le vent du changement !

Cette mission est difficile. Cela demande de la préparation pour chaque journée : trouver l’ONG ou l’entreprise, comprendre, contacter, expliquer, insister, se déplacer, attendre, revenir deux ou trois fois. Cela demande de la flexibilité, de rogner sur son confort, d’accepter le rythme infernal du vagabondage. Mais les rencontres sont toujours à la hauteur !

En voici un petit aperçu (en fait, plutôt un très long aperçu, désolée, mais j’aime bien vous raconter tout cela).


Good Shepherd Sisters : Vocational training center

C’est dingue comme beaucoup d’instances religieuses sont à l’origine de grands projets en Birmanie, notamment catholiques (alors que le pays est à 89% bouddhiste). Nous (avec mon ami Kris) avons rencontré les Good Shepherd Sisters à Mandalay (qui est une congrégation française tout de même !). Ces sœurs, avec l’aide de l’ONG People in Need, essayent de construire un avenir pour les enfants des rues et les femmes exclues de la société parce qu’elles ont été longtemps battues ou qu’elles sortent de prison par exemple. On est allé à la rencontre d’orphelinats ou d’ONG qui essayent de donner une éducation aux enfants. Ce que font les sœurs avec leurs différentes maisons à Mandalay est différent : elles créent des « vocational training center ». C’est bien beau d’apprendre à des enfants ou à des femmes qui sont totalement hors du système éducatif classique (du fait de leur situation) comment parler anglais ou faire des maths. Mais ils ont besoin de plus que cela : apprendre ou réapprendre à avoir confiance en eux pour trouver leur vocation.

J’aime ce mot. La vocation.

Le système éducatif birman est une catastrophe. La catastrophe est encore plus grande avec des profils tels que les enfants des rues, les adolescentes battues ou les femmes droguées. Les sœurs leur apprennent donc à trouver leur vocation et elles leur apprennent à obtenir les compétences adéquates. Elles forment elles mêmes les élèves ou elles demandent l’intervention d’un expert extérieur. La plupart des élèves et des femmes repartent des maisons en ayant une qualification et un savoir faire, à priori, reconnu par les entreprises locales. Ils apprennent par exemple à tisser le tissu pour travailler dans les usines de textile, ils apprennent également à cuisiner ou à faire du pain et des gâteaux avec un pâtissier de la ville qui les aident. C’est un peu comme un centre de formation professionnelle comme le CFA ou le BEP en France. Il y a un apprentissage par la pratique du métier. Ce qui est super dans leur travail c’est l’accompagnement jusqu’au bout de la démarche : elles aident les étudiants à trouver du travail avant de quitter le centre. Les enfants devenus adolescents et les femmes peuvent alors retrouver une autonomie financière leur permettant de voler de leurs propres ailes. Pour le moment les sœurs n’ont que trois petites maisons à Mandalay pour accueillir entre 10 et 30 personnes par maison. Elles ont un grand projet pour l’année prochaine afin d’ouvrir un nouveau centre afin de pouvoir accueillir plus de 500 femmes.


info@peopleinneed.de

http://peopleinneed.de/projekte/support-program-for-vulnerable-women/

Good Shepherd Convent

N/O 55/66 ZA 4 quarter

61th Street between SeinPan and Aung Mingalar St


Hsipaw : Au cœur des villages Palaung

Après nos quelques jours dans la pollution à Mandalay, nous avions envie de repartir dans les montagnes pour en savoir un peu plus sur les minorités ethniques. Notre rencontre avec Tommy, de R.D.S à Kalaw, a réveillé notre curiosité (rappelez vous, il nous avait révélé que les touristes ne peuvent pas voir ce qu’il se trame politiquement car tout est minutieusement caché).

Nous décidons de rejoindre Hsipaw en train (13h de train) plutôt que le bus (4h de bus) pour vivre une nouvelle fois l’ambiance particulière du train en Birmanie. Le train en Inde est une sacrée expérience, mais le train en Birmanie est encore différent. C’est un balancement de gauche à droite doux et mélodieux serpentant les plaines arides des campagnes birmanes. On prend le temps. Le temps de rien. On passe quatre fois dans chacune des gares : on y arrive, on y repart, on fait marche arrière, on accroche un nouveau wagon, on repart, on fait marche arrière, on y accroche un nouveau wagon. Il est même plus rapide de marcher que de prendre le train birman.

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Pour notre première journée à Hsipaw, on décide de louer un scooter afin de pouvoir rejoindre le marché ethnique qui a lieu le vendredi. Les différentes ethnies vivant dans les villages ne se mélangent pas, elles s’affrontent même. Ils vivent dans des villages bien isolés les uns des autres. Les mariages mixtes sont très mal vus.Une légende raconte qu’on tatouait les visages des femmes ou on les forçait à devenir des femmes girafes (s’allonger le cou avec des anneaux) pour éviter qu’elles ne soient « volées » par d’autres ethnies (leur signe d’appartenance étant irréversible).

Le marché joue alors le rôle de place publique : c’est pratiquement le seul endroit de rencontre et de coexistence. Ils ont besoin des uns des autres.

On sait que ce marché est difficile d’accès, peu de touristes y vont puisqu’il se situe dans une zone de conflits très régulièrement interdite aux touristes. Il faut rouler 4h dans la montagne pour y accéder par une route assez chaotique.

On ne trouvera jamais le marché.On ne dispose que de très peu d’informations. Les locaux ne parlent pas anglais. On sait dire « marché » en Birman. Ils ne parlent pas Birman. Vous avez déjà essayé de mimer un marché vous ? C’est assez drôle.Finalement, nous allons faire plus de 8h de scooter sur une route atroce. Mes fesses s’en souviennent. Nous n’avons pas trouvé le marché mais nous avons trouvé les ethnies. Comme un sentiment de bout du monde, nous avons rencontré des Shan, des Palaung ou des Wa. Ils vivent dans des villages isolés, au bord des montagnes avec l’horizon comme quotidien. Ils nous regardent tous incrédules de notre présence. Les enfants pleurent quand on essaye de les approcher ou de les toucher. Ils ont peur. Mêmes les buffles de 500 tonnes ne veulent pas marcher à côté de nous, ils s’enfuient tous en courant. Après une journée riche en émotions, en sourires, en échanges de regards bienveillants, en mimes, nous redescendons vers Hsipaw. C’est sur la route que nous avons pu voir pour la première fois de notre propre yeux ce que nous raconté Tommy : une trentaine de militaires armés jusqu’aux dents cachés dans les broussailles. Des mitraillettes ou des bazooka. Je ne suis même pas certaine de savoir écrire bazooka tant cela me semble invraisemblable. Les militaires sortent de leur cachette en nous voyant : ils nous sourient et nous lancent des HELLO très enjoués. Ouais. OK. Non je ne vais pas vous saluer. Ils ont tout de même tous le regard triste. Je suppose qu’il doit être très difficile d’être embrigadé par le gouvernement pour tuer ses frères pour gagner 3 francs 6 sous dont tu as besoin pour vivre. On apprendra alors le soir, que la zone était interdite aux touristes depuis plusieurs semaines. Soit. On n’a pris aucun risque et ce n’était pas dangereux. C’est simplement pour cacher cette violence que les touristes ne sont pas censés rapporter.


Bon il faut que j’abrège un peu sinon cet article sera bien trop long. J’ai pourtant envie de tout vous raconter sur les Palaung.


Le lendemain, on est partis pour une expédition de trois jours, à pied, dans les villages Palaung. Les Palaung sont une toute petite ethnie. Ils vivent uniquement dans les montagnes de l’état Shan. On raconte qu’ils sont des descendants Shan. Pourtant ils n’aiment pas cette version des faits et se considèrent comme une des plus vieilles ethnies de Birmanie. Ils ont longtemps été très opprimés par les Shans : ils ont donc fui en grande majorité vers la Thaïlande ou le Laos voisins où ils ont été accueillis comme des réfugiés. Ils vivent uniquement en altitude et cultivent le thé. Les Shans, eux, vivent plutôt dans les plaines et s’occupent du riz, du maïs ou des fruits.Nous marchons 6h à 7h par jour, sous presque 40 degrés dans des plaines arides où il n’y a presque plus d’arbres pour nous protéger.Nos premières rencontres avec les Palaung sont très émouvantes : nous sommes autorisés à dormir chez eux (pourtant le logement chez l’habitant est interdit en Birmanie). Nous allons passer trois jours magiques. Hors du temps. Je ne sais pas comment vous expliquer cette expérience. Les Palaung vivent dans un autre temps. C’est comme plonger dans la campagne du Moyen-âge français : les buffles tirent les charrettes en bois pour labourer la terre ocre, ils dorment tous au coin du feu sur des nattes tressées en bambous (et nous dormirons avec eux, merci l’odeur du feu !), ils se lavent dehors, avec un sceau d’eau et dans la boue. Les femmes âgées ont le visage marqué par la vieillesse, elles n’ont que 50 ans mais elles semblent avoir traversé les siècles. Les enfants courent avec des roues au bout de leur bâton. Les hommes sont absents du village pour travailler dans les plantations. Nous sommes accueillis comme des rois, nous goûtons une merveilleuse cuisine et vivons 3 jours avec eux comme si nous faisions partie de la famille. Parfois je prends conscience de l’incongruence de la situation. Je suis assise avec les mamies pendant qu’elles tressent leur tissu. Leur tenue traditionnelle laisse apercevoir leur poitrine. On se tape la conversation. J’acquièsce tout en souriant. C’est bon je suis une Palaung. Il est difficile de croire que c’est un des peuples les plus opprimés de la Birmanie tellement ils sont renfermés sur leur famille et sur les petits plaisirs simples de leur vie.

Mais quelle vie.


School for the blind of Yangon

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Après notre échappée sauvage dans les montagnes Shan, il fallait bien revenir à la civilisation. Nous passons du tout au tout. Des buffles qui labourent au coucher du soleil aux iphones au milieu des voitures de luxe. Yangon est la capitale économique du pays. C’est une ville moderne et surprenante. Elle porte encore les traits du colonialisme britannique car elle en a gardé son architecture. Les citadins sont épatants de modernité : ils ont presque tous un Smartphone, parlent anglais et travaillent pour des sociétés occidentales. Merci le boom économique.

Notre première rencontre à Yangon est l’école pour aveugles. Pour la première fois de toutes nos rencontres, le gouvernement aide financièrement cette association. Le boulot y est remarquable, digne du système français. Presque 2% de la population Birmane est aveugle, c’est beaucoup. Ils n’ont pas su nous expliquer pourquoi. Leur centre permet donc aux enfants et adolescents d’être accueillis dans un centre spécialisé pour leur apprendre à vivre avec leur handicap. Leur action est tout ce qu’il y a de traditionnel en France : ils apprennent le programme classique mais aussi à lire et écrire en braille. Ils participent aux jeux handisports avec des disciplines comme le tor ball (c’est pour toi ça François !) .Mais ils apprennent également un métier avec des cours de musique, de massage ou d’enseignement. Le plus remarquable c’est qu’encore une fois, l’institut aide les jeunes à trouver un travail dans un centre spécialisé avant de les laisser partir. Le tout est 100% gratuit pour les aveugles de tout le pays. Wahou. C’est potentiellement la première action remarquable du gouvernement militaire que nous découvrons.

Ils ne rencontrent que très peu d’étrangers, cela serait vraiment top que des Twamers y fassent un petit tour pour les faire rêver !


School for The Blind

NO 132 Pan-Pin-Gyi Street

Kyimyindine Township Yangon

+951535548 ou +951538309


Myanmar Women Entrepreneurs’ Association

M.W.E.A a été une des associations préférées : C’est un collectif de femmes entrepreneurs.

Après seulement quelques jours passés en Birmanie, il est facile de se rendre compte que la condition de la femme y est assez exceptionnelle en comparaison à ses voisins asiatiques (et notamment l’Inde qui reste mon pays de comparaison). Les femmes Birmanes sont presque les égales de l’homme. La naissance d’une fille est tout autant célébrée que celle d’un garçon : il n’y a pas d’infanticide ou d’histoires de dotes qui entrent en jeu. Les familles sont parfois même plus heureuses d’accueillir une fille qui sera considérée comme plus aimante. L’éducation est la même et l’on retrouve autant voire même plus de filles que de garçons à l’université. L’accès au travail est étonnamment très égalitaire. Imaginez notre surprise la première fois que nous avons vu une femme conduire un bus ou encore un camion. C’est déjà rare en France. Alors en Asie ? C’est sûrement unique.On trouve également des femmes guides pour les treks. Je trouve cela très rigolo. Ou encore des femmes sur les chantiers de construction.Elles ne changent même pas de noms en se mariant ! Ils font même mieux que nous !

Quand je lis des articles sur internet, ce n’est pas ce que je trouve. Je trouve des articles relatant de la situation catastrophique de la femme en Birmanie. Ce n’est pas ce que j’ai vu. Notre rencontre avec M.W.E.A a été dans ce sens super utile pour en savoir plus sur la condition de la femme et plus généralement sur l’entrepreneuriat en Birmanie.


M.W.E.A est donc un collectif de femmes entrepreneurs. L’association fonctionne comme un réseau. Plus de 1800 entrepreneuses de tout horizon y sont membres. C’est assez intéressant de constater qu’ils ont réussi à enrôler des femmes expatriées dans de grosses multinationales mais également des petites vendeuses à la sauvette. Les discussions y sont d’autant plus intéressantes. L’association organise tous les mois différents évènements et rencontres afin de faciliter le Networking. Elle organise également des ateliers et conférences vraiment très intéressantes sur le thème du management au féminin. Cela m’a rappelé un certain programme EVE. Des intervenantes y exposent leur point de vue puis les membres discutent et co-construisent des feuilles de route sur des sujets précis. L’association a aussi un rôle d’acteur du changement en aidant les petites structures à se développer : elle fournit gratuitement des conseils et des formations pour aider les femmes à entreprendre. Des intervenants extérieurs du monde entier ont déjà aidé M.W.E.A à se développer puisque c’est une association soutenue par l’Union Européenne.

Wai, la secrétaire générale, nous a longuement expliqué tous les tenants et aboutissants de ce sujet passionnant. Au début nos questions étaient assez basiques. Est-il facile pour une femme d’entreprendre au Myanmar ? Oui. Y-a-t’il une différence entre un entrepreneur masculin et féminin ? Non pas vraiment. Puis petit à petit, on s’est rendu compte qu’en la laissant parler elle nous dévoilait plus que ce que l’on avait pu imaginer. Parfois les choses les plus basiques sont les plus incongrues : La Birmanie n’a pas de convention collective. Les entreprises ne sont pas soumises au droit du travail.

Voilà tout le mystère de ce pays : précurseur, moderne et tellement en retard à la fois.

Sur le papier la loi existe. Dans les faits rien n’est appliqué. Sauf pour les multinationales. Les employés doivent négocier eux-mêmes, au cas par cas, avec l’entreprise : leur salaire, leur nombre d’heures, leurs vacances, leur retraite, leur congé maternité, leur formation, leur promotion. Vous pouvez imaginer les abus.Certes cela facilite le boom économique, mais à quel prix ? L’arrivée des multinationales a toutefois permis d’importer un cadre légal à tout cela. Cela donne un exemple à suivre et une base de comparaison pour les locaux. Cela fait également pression sur les entreprises locales pour qu’elles appliquent à minima un cadre sur les horaires et les salaires.

Etre entrepreneur en Birmanie est à la fois vraiment très facile et à la fois très compliqué. La loi étant quasi inexistante, on peut montrer sa société du jour au lendemain. Sans vraiment la déclarer. Il n’y a pas vraiment de déclaration d’activités, de revenus. Mais c’est surtout le cas pour les vendeurs à la sauvette ou les PME. Les grosses activités économiques sont à l’inverse un enfer. La junte militaire a la main mise sur quasiment tous les business qui rapportent de l’argent. Via une taxe. Tu peux parfois donner plus de 50 à 80% de ton chiffre d’affaire à l’état. Je ne parle même pas des boîtes internationales qui doivent négocier très durement avec la junte pour s’installer.

Les femmes Birmanes entreprennent énormément. Mais pourquoi ?

Peut être parce que culturellement, elles sont le chef financier de la famille. Le mari représente l’autorité. La femme gère l’argent. C’est elle qui s’occupe des finances.

Un autre facteur important de cette potentielle égalité est le fait qu’elles n’ont pas autant le souci que nous de devoir familial. En Birmanie on vit en famille. Au sens large. Avec ses frères et sœurs, avec ses parents. Les grands parents gardent les enfants la journée ou le soir pendant que les parents travaillent . Ce n’est pas un souci. Ce qui est intéressant c’est la place des voisins dans le cercle familiale. Ce sont bien plus que des voisins ou des amis, ils font partie de la famille puisque tu habites presque avec eux. Il est très commun que cela soit les voisins qui aillent chercher les enfants à l’école par exemple et qui les gardent jusqu'à ce que le mari ou la femme rentre du travail.

Mais il doit bien y avoir d’autres facteurs qui expliquent cette égalité assez exceptionnelle homme femme en Birmanie. Je n’ai pas encore trouvé pourquoi.

Evidemment il y a des points durs : la religion et la politique. Deux sujets très importants me direz vous. Dans le bouddhisme, les leaders religieux restent des hommes. Seuls les hommes peuvent atteindre le nibana (la libération). La femme doit d’abord se réincarner en homme pour y arriver. De nombreux sites bouddhistes sont d’ailleurs interdits aux femmes en Birmanie.

En politique la situation est limite catastrophique. Il n’y a seulement eu que deux ministres féminines depuis 3 ans (et c’était les premières de l’histoire du pays). Elles ne représentent que moins de 5% du gouvernement.

Si Aung San Suu kyi devient présidente. Cela sera une révolution sur de nombreux tableaux.


Myanmar Women Entrepreneur’s Association

No 288/290 Shwedagon Pagoda Road , MWEA Tower , Dagon TSP , Yangon, Myanmar

+951254400

mwea2008@gmail.com


Kalyana Mitta Foundation

J’ai rencontré Bobo (oui c’est son prénom) (on évitera les blagues du style allo maman bobo) (ou pas) au détour d’une discussion au lac Inle . Il visitait ses amis du Inle Lac Conservation pendant que je passais mon petit moment de découverte du centre . Il m’avait alors invitée à découvrir le travail de sa fondation lorsque je serai à Yangon. Quelle belle rencontre !

Kalyana Mitta veut dire « Bon ami » en langue Pali ( la langue de Bouddha ). La fondation a pour objectif de développer le leadership et l’empowerment des jeunes .

C’est un vaste sujet . On pourrait croire que sa fondation est un beau blabla pour changer le monde . Mais c’est la plus belle ONG que nous avons rencontré .Leurs projets et leur méthode sont assez remarquables.

Tout commence par le constat que le système éducatif Birman est une catastrophe .

Selon l’UNICEF , plus de 35% des enfants entre 6 et 15 ans travaillent . Les études n’ont pas un bon « rendement » et ne rapportent pas grand chose à la famille dans un pays où 70% de la population travaille dans l’agriculture.L’état n’investit RIEN dans l’éducation ( le budget de l’éducation est de moins de 2% quand le budget militaire frôle les 40 %) ou alors pour former des soldats . 20% des enfants soldats dans le monde se trouvent en Birmanie.

Au delà même de l’accès à l’école , le problème est plus profond . Il est bien beau d’aller à l’école , mais il faut pouvoir y apprendre quelque chose . Les professeurs ne reçoivent aucune formation pour exercer ce travail : la vendeuse de cacahuète du coin peut devenir la maîtresse. Les instructions sont pourtant très claires et très contrôlées : le programme du gouvernement doit être suivi à la lettre ( et par tous , même les écoles monastiques) . Le fond est donc bancal et de vastes pans de l’histoire birmane sont tronqués par exemple. Mais également la forme : ils apprennent par cœur les connaissances sans intervenir , sans questions , sans parler , sans débattre . Ils n’apprennent pas à donner leur avis et comprendre les sujets . Ils engloutissent la connaissance . Cela me fait penser à la célèbre citation de Benjamain Franklin : « Tell me and I forget .Teach me and I remember. Involve me and I learn » .


Voici le cœur de l’action de Kalyana Mitta : Apprendre aux jeunes , traumatisés des salles de classe à 100 personnes à recopier les lettres écrites au tableau , à penser par eux mêmes . Cela peut vous paraître un peu abstrait mais pourtant leur action est très concrète et immédiate. Ils ont créé plus de 32 groupes de jeunes à travers le pays, ils ont des milliers de jeunes membres de la fondation : l’action est toujours la même . Ils invitent des jeunes des villages ou des villes à participer à une « réunion » la première fois . Les jeunes , intrigués , viennent . Finalement la réunion se trouve être un espace d’échange où on leur demande de se présenter , de parler de ce qui les touche , ce qu’ils pensent . La première fois est toujours fastidieuse. Les jeunes ne savent pas parler en public , ils ne l’ont jamais fait, ils sont très timides . Cela peut paraître bête mais pouvoir lever le doigt devant sa classe au CP à un impact énorme finalement sur notre vie future, sur notre confiance d’adulte. On apprend à parler en public , à donner notre avis . On apprend à développer un sens critique. Fort de leur première expérience de groupe , les jeunes reviennent . La fondation les aide alors à monter un groupe d’échange dans la ville en leur donnant un cadre : elle les accompagne dans des projets qui les aident à prendre des initiatives . Ils organisent alors par eux mêmes des actions de préservation de l’environnement , de rencontre ethniques , des ateliers , des formations et de nombreuses activités . L’idée est d’apprendre en faisant , ce qu’ils ne font pas à l’école . C’est l’approche de la recherche-action comme Bobo nous l’a expliqué , expérimenter pour se développer et emmagasiner du savoir . Ces groupes de discussion permettent donc plusieurs choses : leur donner confiance en eux , développer leur sens critique , développer des compétences pour leur employabilité qui ne sont pas travaillées à l’école ( initiative , autonomie etc.), mais aussi faire de la prévention et de la pédagogie sur des sujets inexistants à l’école : la politique , l’environnement , l’histoire du pays . Parfois les groupes sont très forts , comme au lac Inle , et prennent des initiatives super intéressantes .Le groupe souhaite devenir indépendant financièrement ( la fondation vit aujourd’hui 100% grâce aux dons) et souhaite ouvrir le premier coffee shop de la région avec du café local . Cet endroit sera très moderne , avec un super café , des produits biologiques et il permettra la rencontre entre les jeunes de l’association et les touristes . Cela leur permettra de développer leur anglais , leur relationnel et leur aisance en public . Cela leur permettra également de réaliser une sorte de stage car cela sera un vrai business qu’il faudra gérer en autonomie. C’est là l’idée même du social business : la fondation va les aider à créer une activité économique qui leur permettra d’être autosuffisants avec des impacts sociaux mesurables. Ils ont besoin d’un consultant en « marketing » et « connaissance touristique (ce que cherche le touriste) » , je vais les aider dans ce sens et j’en suis juste totalement ravie !


Après des heures d’explications des objectifs de la fondation , une question me tourmentait . Bobo est un local de 35 ans . L’action de la fondation est merveilleuse car durable , mesurable, déployable à grande échelle et vecteur de changement profond sur le fond et sur la forme . Et ce depuis 6 ans. Pourquoi , LUI , a-t-il pu entreprendre alors que les autres jeunes ne sont mêmes pas capables de parler en public ?

Il nous raconte alors son parcours : pour lui , s’il a pu créer la fondation , c’est parce qu’il a eu la chance d’être sponsorisé par une fondation chrétienne ( encore une fois !) et partir étudier à Bangkok. Il a pu faire un master en « Grass root leadership ». C’est un peu un programme de leadership des BOP, des classes très pauvres des sociétés. Bien sur que son master a l’air d’être super . Mais à la fin de son histoire , pour moi , ce n’est pas grâce à son master qu’il a pu créer la fondation . C’est grâce à lui . Il nous a raconté qu’il venait d’une famille vraiment très pauvre à la campagne , ses parents ne savent pas lire et écrire et ne parlent pas Birman et surement pas anglais . Puisqu’il était très pauvre , il a eu la chance d’être accompagné par une ONG pour le « forcer » à aller à l’école . Jusque là , c’est une histoire qui arrive à des milliers de birmans . Mais BoBo a un grand cœur . Il nous raconte que depuis toujours il veut aider les gens . Puisque cette ONG l’a aidé à aller à l’école , puis l’université , puis en Thaïlande , il s’est toujours dit qu’il fallait aider les autres en retour. Quand il était à l’école , il expliquait le soir aux autres enfants qui n’y étaient pas ce qu’il avait appris la journée. Quand il était à l’université , il expliquait à ses camarades qu’à la place de prendre leur café de 10h , s’ils lui donnaient cette pièce , il pourrait acheter un livre pour ceux qui ne peuvent pas se le permettre. Grace à un mécanisme de réciprocité , il a développé sa compassion . Donner en retour de ce que je reçois . Méthodiquement . Minutieusement . C’est beau comme philosophie . Mais cette compassion , elle s’est développée chez lui également car il était bouddhiste . C’est un des piliers de sa religion . Etre acteur du changement est peut être plus facile quand la compassion fait partie de ton quotidien depuis que tu es né ( et non pas le développement personnel). On a beaucoup à apprendre de ces cultures , je vous le dis !


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Pour rendre à Bobo ce qu’il nous a donné , Kris a eu une formidable idée : leur cuisiner un plat français , ou plutôt Nissart , en leur faisant des gnocchis . Qu’est ce que c’était drôle . On leur a donc fait les courses et on a cuisiné tout un après midi dans leur maison pour 12 personnes ( tout le staff vit ensemble dans la maison de la fondation) . Ils étaient un peu mal à l’aise de nous voir dans leur cuisine , ils nous tournaient autour pour comprendre et observer . Leur cuisine était d’ailleurs assez infecte : on a très vite remarqué la nourriture laissée à l’air libre dans les placards ( des samossas ou autres snacks) et les milliers de fourmis s’en faisant un festin ( quand il nous les serviront à table plus tard , je peux vous dire qu’on en a pas mangé une miette). L’étape de la pâte sur leur table de la salle à manger était la plus mythique . Mais ils nous ont bien aidé , ils étaient trop contents . Pour dîner , Bobo avait acheté du vin pour l’occasion ( bon il l’avait mis au congélateur et nous l’a servi dans des coupes à champagne). On ne sait pas trop s’ils ont aimé les gnocchis . Kris avait mis un peu de chili ( du piment) pour qu’ils retrouvent leurs repères , mais ce n’était évidemment pas suffisant pour eux , et ils ont tous rajouté du piment à gogo . C’était peut être trop fin pour eux et un peu fade . Mais finalement ils se sont tous resservis . On peut dire que c’était un succès ! Mais rien que pour l’exportation de la cuisine niçoise , c’était un énorme succès !


Kalyana Mitta Foundation

No 7 Shwe Hnin St Mayangone, Yangon, Myanmar

+955004801

bobolwin@gmail.com

http://www.kalyanamittafoundation.org


A très vite pour le bilan !

Vive la vie !


#birmanie

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