Ma retraite de méditation VIPASANA


Gumpa méditation

« Plutôt que l’amour, la célébrité, la foi, l’argent, plutôt que la justice, donnez-moi la vérité » Henry David Thoreau


Je vous préviens cet article est philosopho-cœur de madeleine (oui ce mot n’existe pas). Si vous n’aimez pas cela , passez votre chemin.


UN PEU DE THEORIE

Clairement, c’est la partie chiante: « la théorie blablabla on s’en fiche, nous on veut les détails croustillants » . MAIS c’est important pour moi que vous découvriez un MINIMUM ce que j’ai appris.


VIPASSANA, c’est quoi au juste ? VIPASSANA ce n’est PAS juste un cours de méditation . On ne nous apprend pas à respirer ou à nous concentrer sur une forme ou un chiffre. Ce n’est pas un rite , un rituel ou même une secte. Ce n’est certainement pas une religion. VIPASSANA est un art de vivre universel. C’est une nouvelle façon d’appréhender sa vie. Malgré son caractère laïque, cette méthode est un des piliers du bouddhisme. C’est le premier Bouddha, Siddhârta Gautama, qui a fait l’expérience de cette technique avant d’atteindre son éveil, la libération de son esprit.

VIPASSANA, c’est 3 choses :

- SILA : Vivre une vie morale, c’est à dire s’abstenir de toute action ( verbale ou physique) qui nuit à la paix et l’harmonie des autres et de soi.

- SAMADHI: Apprendre la juste concentration et maitrise de son esprit (sur la réalité de ce qu’il se produit maintenant et non pas ce que j’aimerais qu’il se produise)

- PRAJNA : La purification de l’esprit par la sagesse dont on fait l’expérience.


Et concrètement ? C’est apprendre à faire l’expérience de la vérité , SA propre vérité. Depuis qu’on est bébé, on voit le monde extérieur depuis nos propres yeux sans se regarder à l’intérieur. Notre esprit est comme un éléphant sauvage qui dévaste tout sur son passage . Il nous rend très malheureux sans le savoir en laissant libre cours à la souffrance, la colère , la jalousie , l’envie , le regret ou encore au désir sans fin. Il faut apprendre à dompter son éléphant. L’objectif ultime c’est d’atteindre la libération et de devenir un Bouddha (un être totalement éveillé). Mais bon, être heureux , vivre en paix et en harmonie c’est aussi accessible au monde entier !

Cela se passe en plusieurs étapes :

- Les deux premiers jours on nous demande une chose très simple : observer notre respiration. C’est très barbant d’observer l’air sortir et entrer mais pourtant c’est tellement important . On apprend à l’esprit à se concentrer dans la réalité présente afin d’arrêter de penser à tout et n’importe quoi ( surtout n’importe quoi).

- Les jours suivants on nous apprend à SENTIR la respiration : comment l’air touche les narines quand il entre ou sort. On apprend à sentir LA REALITE sur notre corps et donc à en prendre conscience, non pas d’un point de vue intellectuel, mais à la VIVRE réellement.

- Une fois qu’on est capable de ressentir la réalité sur une toute petite partie du corps (les narines), on apprend à vivre la réalité sur notre corps entier . C’est découvrir qu’on peut ressentir quelque chose de très fort sur son lobe d’oreille( je vous assure). L’objectif est de prendre conscience qu’il y a une relation très forte entre l’esprit et la matière. Quand quelqu’un dit quelque chose qui m’énerve ou me blesse , je vais ressentir une émotion particulière en réaction . Mon corps également ressent des sensations dont je ne prends jamais conscience. Je dois apprendre à observer ces sensations afin de ne pas réagir et éviter le cercle incessant de ma propre souffrance. C’est ANITYA , la loi de l’impermanence . Rien n’est éternel , tout change , je ferais mieux de ne pas m’emporter car d’ici quelques heures je ne serais plus en colère et je vais le regretter.

- On est alors capable de pratiquer ADHITTHANA : une concentration très profonde au cœur de l’esprit. On médite sans bouger , sans ouvrir les yeux pendant des heures. Le corps souffre et ressent de nombreuses sensations. Mais l’esprit est contrôlé et sait que tout est ANITYA (tout change) et que du coup il ne sert à rien de réagir à cette souffrance . Il suffit juste de l’observer dans la réalité de ce qu’elle est.


Chaque soir on regarde des vidéos nous expliquant ce que l’on fait et pourquoi on le fait . La théorie c’est très important, comment comprendre la relation esprit / matière sans cela ? MAIS, il faut en faire l’expérience par soi même pour vraiment l’acquérir.


HUIT PREMIERS JOURS TRES DIFFICILES

Passons à la partie plus égocentrique : comment j’ai vécu tout cela ? MAL.

Je n’ai JAMAIS pratiqué de méditation . Je suis plutôt hyperactive et je ne me laisse rarement beaucoup d’heures libres dans mon agenda. Je parle à longueur de journée aux autres et dans ma tête . Ma tête est une sorte de TO DO LIST géante de tout ce que je dois et veut faire. J’ai une très grande imagination et Walter MITTY qui imagine voler dans la rue, c’est un peu moi. Je n’ai pas le profil à faire de la méditation.

La salle à manger

Les premiers jours sont atroces : « Ah, cela doit bien faire déjà 50 minutes que je suis en train de méditer, chouette c’est bientôt le moment de bouger. » Coup d’œil à la montre . Cela ne fait que 8 minutes. Dépression.

Le plus dur, contrairement à ce que vous pourriez penser, ce n’est pas d’arrêter de parler . C’est plutôt facile en fait . Arrêter de regarder et d’observer les gens, c’est plus difficile. On doit faire comme s’ils n’étaient pas là alors que notre esprit passe son temps à analyser les gens : « quel pantalon ignoble, cette fille doit être japonaise, ah elle a l’air tellement triste cette hippie ». C’est marrant comme tout d’un coup tu deviens une personne totalement grossière : tu ne remercies pas lorsque l'on te sert. Tu marches le regard vide au milieu des autres en leur claquant la porte au nez pour éviter qu’ils ne se sentent mal à l’aise de ne pas pouvoir te dire merci. Tu manges face à un mur. Tu fais des détours de cinq mètres pour éviter de bousculer . Mais pour moi , ce qui est le PLUS difficile , c’est de rester assis sur un coussin dur de 4h du matin à 21h30. Je répète : DE 4H DU MATIN A 21H30 !!!!!!! On n’a pas le droit de bouger , certainement pas de dormir. On doit avoir le dos droit et ne pas pointer ses pieds vers l’enseignant ( ce qui limite la posture à globalement être assis en tailleur). C’est très strict.


J’ai l’impression d’être plongée au cœur du film « Eternal sunshine of the spotless mind » ( si vous ne l’avez pas vu, je vous le recommande très fortement). J’essaye de me concentrer : L’air entre . L’air sort . L’air entre . L’air sort . L’air entre . L’air sort ( je crois que vous l’avez). Tout à coup je suis à Bendejun, mon village, il est 16h . J’ai 8 ans. Je suis en train de goûter, dans le jardin, des tartines de Nutella que je trempe allégrement dans mon verre de lait bien froid ( hum). Le ciel est parfaitement bleu , comme seul le sud sait le faire . Je suis en maillot de bain et je sens l’air chaud de l’été caresser mes bras. J’entends les cigales et les pins s’agiter. LA RESPIRATION !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! L’air entre. L’air sort. L’air entre . L’air sort. BIM, je suis en Namibie dans le 4x4 aux cotés de Benoit. C’est le coucher du soleil . Des girafes courent au loin. J’ouvre la fenêtre pour prendre une photo et l’air sec me prend au visage . LA RESPIRATION ! L’air entre . L’air sort. L’esprit lutte et se défend . Il ne veut pas être contrôlé . Il fait tout pour te déconcentrer. Je suis continuellement plongée dans des souvenirs très forts émotionnellement . Je sens réellement l’air chaud sur mes bras.

Au début je lutte , j’essaye de ne plus penser, mais je n’y arrive pas .Je m’énerve. Alors parfois je me laisse divaguer quelques minutes , puis calmement je demande à mon esprit de revenir à la respiration . C’est la bonne méthode.Au fur et à mesure des jours, je remarque de manière très spectaculaire que je dompte mon esprit. Je ne me retrouve plus plongée dans mes souvenirs . En revanche il essaye toujours de me déconcentrer et je remarque qu’il est absolument fou. Parfois je suis en train d’observer l’air entrer et sortir sur ma narine gauche . Puis tout d’un coup un enfant apparaît et me met un stylo dans le nez . Contrairement à avant , je continue à sentir ma respiration et je suis bien consciente que je suis assise sur un coussin dur au Népal. Mais l’enfant reste. Ou alors un poussin apparaît et me regarde . Oui un poussin. Comme cela . D’un coup. J’adopte alors la méthode dite du bazooka : je sors un bazooka et j’anéantis le poussin . Bon j’avoue que cette méthode n’est clairement pas dans l’esprit de non violence et d’amour universel que l’on essaye de développer . Mais cela marche . Le poussin part et je peux revenir tranquillement à mon activité passionnante d’air qui entre et qui sort.


Au bout du 5ième jour , je suis déprimée. Mais totalement . Je vois bien que j’ai progressé et déjà appris beaucoup de choses. Mais ma conscience spatio-temporelle est bouleversée . Je ne sais plus qui je suis , où je suis . Le temps semble s’être arrêté et que je suis enfermée dans cette prison depuis des années. Je DETESTE la méditation de 4h à 6h30 le matin . J’ai envie de vomir. Je lutte pour ne pas m’endormir dans la salle de méditation . J’apprends alors à dormir le dos droit. On y voit que du feu . J’assume alors de m’assoupir tous les matins et de ne jamais méditer à ce moment là.

La nourriture est bonne mais népalaise donc fade et peu variée . Ce n’est qu’une pâle copie avec moins de saveurs de la nourriture indienne . Je vous mets au défi de manger tous les matins à 6h des épinards épicés avec du riz. On mange peu . Il faut avoir le ventre vide pour méditer , sinon on s’endort. On mange à 6h le matin et 11H . C’est tout.

Ne pas bouger est probablement une des plus grandes souffrances que mon corps n’ait jamais connu. Le coussin n’est pas confortable et être assis par terre revient à peu près au même. C’était bien plus difficile que le trek. Au début je n’arrive pas à tenir 1h . C’est impossible . J’essaye de tenir de toutes mes forces en me répétant ANITYA ANITYA tout change tout change , cela va passer . Mais j’ai mal au dos , au cou , à l’épaule , au coude , aux genoux . Partout. J’ai les larmes au yeux et mon corps entier tremble . Mais au fur et à mesure des jours , je me mets au défi de tenir quelques minutes de plus à chaque heure. « Tu es capable de tenir 40 minutes sans bouger , tiens 45 minutes maintenant , cela ne change presque rien ».

Au bout du 6ème jour je réussis enfin . J’ai dompté ma souffrance . A partir de ce moment , la souffrance sera toujours là , elle ne disparaît jamais . Mais je n’y réagirai plus et je ne ferai que l’observer . ANITYA ANITYA . Tout change , tout change.


QUATRE JOURS DE LUMIERE

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Mes quatre derniers jours sont absolument fabuleux . J’arrive à ignorer ma souffrance , ma faim , ma fatigue et mes pensées . Je suis lavée de l’intérieur . Calme et apaisée . Au début je prenais cela pour de l’extrême fatigue physique et mentale . Mais non. J’ai changé . Je prends du plaisir à méditer ( bon toujours pas à 4h du matin). J’ai compris beaucoup de chose et je sens que je suis capable de contrôler mon esprit désormais. J’ai même arrêté spontanément de ronger mes ongles.

J’ai appris à ne plus penser et apaiser mon esprit. J’ai pris conscience de mon corps . Une très grande conscience , je ressens chaque sensation du moment présent ce qui me permet deux choses : l’une de vivre dans le moment, mais aussi de me contrôler. Je sais désormais que si la colère doit arriver , elle sera maitrisée avant même d’en prendre conscience et de me dire « je suis en colère ».

Je vous assure que c’est absolument incroyable de manger en se rendant compte que l’on mange. Cela paraît absurde . Oui vous avez l’impression de savoir quand vous mangez mais en faite vous ne savez pas réellement . Quand on mange on est toujours en train de parler avec les autres ou avec soi-même. On ne se rend même pas compte de cet élément solide qui entre dans notre corps . On peut le sentir dans notre bouche , voire dans notre gorge mais c’est très faible et on n’y prête pas vraiment attention .

J’ai l’impression de m’être éveillée à la réalité de ce que je vis dans le moment présent de manière physique assez impressionnante. Mon esprit n’est plus pollué par deux grands vices assez communs : la pensée de ce que j’ai vécu ( des bons moments ou des mauvais moments : ah ce que c’était bien quand on était en Namibie ou alors ah ce que ce n’était pas bien quand je me disputais avec untel) ou la pensée de ce que je vais faire ( j’ai hâte d’être là ou de faire ceci , il faut que je fasse ceci ou cela).

J’ai appris ANITYA l’impermanence et l’impact de nos actions : Tout change , tout change . Un jour tu es très heureux , le lendemain tu peux devenir très malheureux . Mais si tu es très malheureux , alors le lendemain tu peux devenir très heureux . Mais il n’y a de chance dans la vie ou de roue qui tourne. TU es TON propre maître . Personne ne peut t’aider à part toi même . Tu ne peux pas sauver les autres s’ils ne se sauvent pas eux mêmes ( ce point ci est tellement une révélation pour ma culpabilité permanente). Si tu n’es qu’amour et compassion alors ta vie ne sera qu’amour et compassion .


Je me sens calme, en paix et très heureuse . Je marche légèrement et avec le sourire dans les allées du centre. Le dernier jour est une transition avant le retour à la réalité . On obtient le droit de rompre le noble silence dans la journée . Je me sens anxieuse et un peu violée dans mon intimité . Mais en faite c’est tellement bon de pouvoir sourire à nouveau . Je pense que c’est ce qui m’a le plus manqué : sourire aux gens et les regarder profondément dans les yeux. J’ai l’impression de connaître tout le monde depuis des années alors que je ne leur ai jamais parlé et je ne sais même pas d’où ils viennent . Le noble silence fait alors place au noble bavardage jusqu’à tard dans la nuit . Au moment de quitter le centre , je ressens une profonde nostalgie . Mais une nostalgie très heureuse. Je m’étais donné rendez vous avec moi-même. J’ai réussi. Ma vie va certainement beaucoup changer, au delà même du voyage que j’ai commencé à entreprendre.


POURQUOI PAS VOUS ?

Le dernier jour on nous apprend une dernière technique : METTA BHAVANA , la méditation de l’amour bienveillant . C’est apprendre à libérer son énergie et son amour pour la transmettre aux autres de manière physique .

Je suis très loin physiquement de vous tous. Mais je peux être très proche mentalement alors je tenais à apporter potentiellement ma petite pierre : Et si VOUS participiez à ce cours ? N’est ce pas incroyable de se donner rendez vous avec soi-même ? De prendre conscience de ce que l’esprit n’arrive pas à voir ? Etre heureux n’est pas l’objectif de toutes nos vies ? On peut ne pas croire à tout cela et être profondément laïque, comme c’est comme ça, et simplement être curieux de découvrir cette technique.

Alors OUI c’est difficile mais il faut gravir la montagne pour atteindre le sommet .

OUI il faut prendre 12 jours de son temps. Mais 12 jours c’est peu, comparé à notre vie tout entière ? Je suis 100% persuadée que cette méthode devrait être apprise en entreprise. C’est le cas aujourd’hui en Inde et dans beaucoup de pays en Asie . Cela permet aux employés une meilleure gestion de leurs émotions , de leur stress et des situations de conflits. DANONE en fait partie puisqu'en Inde, les employés ont à leur disposition des lieux de méditations et des programmes de perfectionnement chaque année.

Il y a un centre VIPASSANA en France : DHAMMA MALI en Bourgogne au cœur de la forêt et avec tout le confort . Il y a des cours chaque mois.

Vous retrouverez toutes les informations ICI

Je serais ravie d’en parler avec tous. Vous l’avez compris , c’était encore une sacrée expérience .

Comme on le chantait à la fin de chaque méditation : Que vous puissiez tous connaître la paix véritable , l’harmonie véritable et le véritable bonheur !

Bhavatu Sadda Sangalam !

Vive la vie !

#népal

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