Trek dans le Langtang !


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Fraîchement rentrée de mon trek dans la vallée du Langtang, hors du monde, voici un petit aperçu mes aventures himalayennes.


Les Tamangs

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Pendant ces 10 jours je n’ai pas vécu avec les Népalais mais avec le peuple Tamang. Les Tamangs sont un des nombreux groupes ethniques du Népal. Ils vivent dans le nord du pays, le long de la frontière tibétaine. Leur culture est d’ailleurs très proche de celle des tibétains. Ils sont bouddhistes mais ont leur propre langue et culture. C’est une petite communauté car ils ne représentent que 5% de la population Népalaise mais c’est probablement la plus ancienne communauté du Népal. Ils vivent généralement entre eux dans des villages reculés et sédentaires.


Mon Guide : Lawang

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Lawang est mon guide pendant tout le périple : il a 30 ans. Il est marié et à deux enfants. Il vient d'un petit village à côté du Langtang. Il est, lui aussi, Tamang et bouddhiste. Il fait ce métier depuis plus de 15 ans. Il a commencé comme porteur dans des expéditions puis il a appris petit à petit à parler anglais. Cela lui a permis de passer sa licence de guide il y a 5 ans. Il est ce que les agences appellent " a climber “. C'est à dire qu'il n'est pas juste guide, c'est un grimpeur de haut niveau. Il a fait partie de grandes expéditions à l'Annapurna ou L’Everest. Il peut monter jusqu'à 8000m sans aide respiratoire, ce qui est juste hallucinant. Autant vous dire que notre petite balade de 10 jours a été une promenade de santé pour lui. Il a une tête de " népalais " : un visage de poupon rond, des yeux en amande et un grand sourire. Curieusement, il portait une casquette RUSSIA pendant tout le trek ce qui nous a valu de nombreux commentaires sur mon pays d’origine. " No I'm not russian but french”. Il habite à Katmandu avec son fils de 13 ans et sa fille de 8 ans. Sa femme est en Malaisie depuis 3 ans maintenant afin de travailler comme femme de ménage et gagner de l’argent. Elle ne reviendra que dans un an minimum et elle n’a pas vu sa famille depuis son départ. Le père de Lawang est mort quand il était adolescent, sa mère s’est donc remariée pour rejoindre une autre famille. Il n’a jamais revu sa mère depuis ce moment .Il a été marié très jeune (à 14 ans) avec une fille du village qui fait partie d’une fratrie de 7 filles et 2 garçons. Avec autant d’enfants, c’est une famille très pauvre.


Jour 1 : C’est parti ! Huit heures de bus pour rejoindre SYABRUBESI.

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Au bout d'à peine 45 secondes, j'ai cru que ces huit heures de bus allaient être l’enfer. Les népalais sont petits, ils ont de petites jambes. Je suis plutôt grande et j'ai des grandes jambes. Vous voyez le tableau. Cela aurait pu être une histoire tragique puisqu'au bout de 1h je me sentais déjà mal, les genoux complètement compressés sur le siège de devant. Même Ryanair est tout confort à côté de ce bus. Le bus est bondé de népalais qui rentrent dans leur vallée. La moitié est assise mais l'autre moitié est debout ce qui rend impossible le débordement de genoux dans le couloir. Après 1h j'arrête de ronchonner quand je commence à apercevoir les montagnes ! On sort enfin de la grisaille de Katmandu : il fait beau au dessus de la pollution. Je commence alors à sortir mon appareil et ma go pro ce qui fait beaucoup rire les passagers. C'est alors que je deviens la chouchoute du conducteur qui m'invite à m'installer à côté de lui. Le voyage se transforme en 7h de bonheur à admirer le paysage au son de chansons Népalaises un peu trop fortes. Les paysages sont à couper le souffle, plus on monte dans les montagnes, plus les cultures en terrasse sont suspendues ? dans le vide sur des dizaines et des dizaines de kilomètres. La route devient piste pour devenir un sentier de terre au bord du précipice. Il y a à peine la place pour le bus. Je suis aux premières loges et je ferme les yeux à presque chaque virage. Au fur et à mesure que ce tas de ferraille avale les kilomètres, nous quittons la civilisation pour rejoindre des maisons isolées. Nous faisons quelques arrêts par-ci par-là pour prendre le courrier de Bertrand et le déposer à Bernard 2h plus tard. On embarque même des poulets et des énormes barres de fer sur le toit (mais sans leur propriétaire). Lawang prend soin de moi et ne s'assoupit pas un seul instant afin de garder un œil sur moi. Il m'apporte même un système à base de petits coussins pour que j'arrête de me cogner la tête sur le rétroviseur. On rejoint enfin SYABRUBESI vers 16h. C'est un petit village sans grand intérêt, au bord de la route, un point de départ d'un trek.


Jour 2 : De SYABRUBESI au LAMA HOTEL (2600 m)

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Ça y est c'est le début du trek ! Je sais d'ores et déjà que cette journée sera difficile car nous allons grimper plus de 1700m de dénivelé. Les premières heures sont assez faciles, alternant faux-plats, petites montées et descentes. Les quatre heures suivantes sont éprouvantes : on ne fait que monter. Mais je suis en forme, l'inclinaison n'est pas celle d'un volcan et l'altitude est encore trop basse pour gêner ma respiration. Je réussis donc à tenir le rythme du guide presque toute la journée. Bien sûr je m'arrête assez régulièrement pour prendre des photos et reprendre des forces. Ma devise pendant un trek c'est " doucement mais sûrement “. Le paysage n’est pas incroyable pour le moment : nous arpentons une jungle luxuriante de bambou le long de la rivière. Il n'y pas de soleil car nous sommes dans une vallée et il n'y a pas encore de panoramas sur les montagnes. Il faut grimper pour aller chercher les beaux paysages.

On déjeune au soleil au bord de la rivière. J'y croise alors une famille hollandaise de 6 personnes qui font le même trek que moi. Nous allons nous suivre pendant 10 jours. Mais ils sont vraiment très chargés (des sacs de 15kg voir plus chacun), ils seront donc beaucoup plus lents. Mais ce sera toujours un grand plaisir de les retrouver le soir au coin du feu après une journée de solitude. On rejoint notre guest house du jour vers 15h. On dîne en compagnie d’une famille Tamang; notre première nuit chez l’habitant !

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Les soirées du trek vont plus ou moins toutes se ressembler. Après 16h30 et le couché du soleil, la température descend nettement en dessous de zéro (jusqu’à -20 en altitude !). Comme il n’y a évidemment pas de chauffage dans les chambres (qui sont la plupart du temps des petites cases en bois), toute la famille se retrouve autour du feu de la cuisine. Chaque maison Tamang possède un four en argile très impressionnant. La femme (et parfois même les enfants) insèrent des buches dans le feux par un trou dans le milieu d’un gros bloc d’argile. Des trous sont percés sur le dessus afin de permettre un appel d’air et d’obtenir une source de chaleur pour les casseroles. On discute alors autour du feu pendant quelques heures en prenant le diner.


Jour 3 : du LAMA HOTEL au LANGTANG VILLAGE (3500m)

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Aujourd’hui est encore une dure journée de 7h de marche, en montée, pour rejoindre le village de LANGTANG. La journée est particulièrement ensoleillée ce qui me vaudra un bronzage du tonnerre. Je tiens plutôt bien le rythme en collant les chaussures de Lawang. Il m’a confectionné des bâtons en bambous afin de m’aider à grimper, je galope dans les montées ! On quitte la jungle pour rejoindre le plateau montagneux : enfin la vue sur les montagnes enneigées ! Le village de Langtang est très sympa : une trentaine de petites maisons traditionnelles perchées au bord des montagnes. Des cascades tombent comme par magie des sommets comme dans le dessin animé « Là-haut ». La famille chez qui nous dormons ce soir est nettement plus riche que celle d’hier : ils ont leur propre dépendance à l’écart de la salle de réception des invités (ce qui n’était pas le cas hier où ils dormaient tous dans la même pièce que le four). Une immense photo de Lhassa habille le salon. Je remarque que comme hier, les filles font le service pendant que la mère soit cuisine ou boit du thé en notre compagnie. Le père est absent et il n’y a pas de garçons.

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Cela sera une continuité dans chaque famille : les filles de plus de 8 ans ne seront jamais très propres, plutôt frêles, timides, cachées à nous servir, à laver, à frotter, à faire cuire pour nous préparer le dîner. La mère à l’inverse sera toujours bien portante et c’est elle qui dirigera la maison. Le mari est soit en train de ravitailler la maison grâce à des porteurs, soit il travaille ailleurs. Les fils quant à eux sont soit à Katmandu soit dans un autre village afin de pouvoir aller à l’école. Je commence à avoir du mal à dormir, je me réveille presque toutes les heures à cause de l’altitude.


Jour 4 : De LANGTANG VILLAGE à la KYANJIN GOMPA (3817m)

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Malgré ma mauvaise nuit, aujourd’hui je suis dans une forme olympique .Le soleil est encore magnifique, il perce le ciel bleu et éclaire les montagnes enneigées. Le froid du matin est saisissant et brûle mes joues, mon nez, mes doigts. Je commence à sortir petit à petit mon attirail contre le froid. Nous rencontrons nos premiers yaks en chemin : je suis absolument ravie. Ils sont impressionnants de muscles et de fourrures. Certains sont noirs mais d’autres tous blancs. Ils ne tarissent pas à leur réputation d’animal au grand caractère et ne se laissent globalement pas trop approcher. Certains d’entre eux nous chargent carrément ce qui me vaudra quelques petits cris, apeurée tout au long du chemin. Comme il fait froid on a de la chance de les voir en si basse altitude ; durant les beaux jours ils cherchent la fraîcheur et ne descendent généralement pas au dessous de 4500m. Nous devons marcher environ 4h mais je suis tellement en forme qu’en 2h30 nous rejoignons KYANJIN GOMPA , le dernier village de la vallée avant le Tibet . Nous ne sommes plus qu’à 5km du Tibet et on aperçoit ses montagnes. Je suis émue, c’est une terre interdite et symbolique pour moi. KYANJIN GOMPA ressemble au LANGTANG VILLAGE, il y a tout de même entre 30 et 50 habitations. Mais j’ai l’impression qu’elles sont toutes vides. Nous sommes à de nombreuses heures de marche du premier sentier permettant l’accès d’une voiture :

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Je suis tellement en forme aujourd’hui que mon guide me propose d’escalader dès cet après midi un premier sommet en préparation de l’ascension du lendemain, le Kyanjin Ri a 4800m. Le sommet n’a rien de difficile, contrairement au lendemain il n’y a pas de neige, en 2h nous atteignons le pic : de là une vue splendide nous attend sur le glacier du Langtang, le plus long glacier du Népal.


Jour 5 : The D-DAY, l'Ascension du TSERGO RI (5150m)

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On nous a prévenu : personne ne grimpe en ce moment le TSERGO RI les conditions sont trop difficiles (très froid et beaucoup de neige). En haute saison (à partir d’Avril), l’ascension du TSERGO RI n’est pas une excursion difficile et on peut même se passer d’un guide en suivant le sentier. Mon guide, un très bon grimpeur,rappelez-vous, m’assure qu’on peut le faire. Que cela sera difficile mais que j’ai la condition physique pour y arriver.

Nous n’allons pas grimper le TSERGO RI, nous allons le conquérir.

Deux américains du Colorado rencontrés chez l’habitant se joignent à nous, ils sont aventuriers mais ne veulent pas risquer leur vie à le tenter seuls.Nous partons à 7h30, déterminés. Les quatre premières heures de marche ressemblent à toute ascension : l’oxygène commence petit à petit à se faire rare, nous avançons doucement dans une inclinaison de plus en plus impressionnante. Je marche derrière le groupe. Doucement mais sûrement.

C’est en fin de matinée que l’ascension se transforme en véritable expédition d’alpinisme. La deuxième partie du sommet est effectivement couverte de neige. Il n’y a plus de sentier. Chaque pas devient une montée d’adrénaline : vais-je pouvoir poser mon pied ou va-t-il s’enfoncer dans la neige ? Nous nous enfonçons parfois jusqu’à la poitrine. Il faut alors se hisser pour retomber dans un nouveau trou. Au bout de 30 minutes, je tombe dans un premier trou de plus de 2m50 de neige .Mon guide me hisse à la corde à l’extérieur. Je lui exprime alors mon inquiétude sur notre réelle capacité à atteindre le sommet. Il me réponds alors : « Tu viens de tomber dans un trou impressionnant. Est ce que tu as eu mal ? Non parce que c’est de la neige. On est en pente il n’y aura jamais de trous plus profonds que celui-ci. Tu vas peut être tomber deux, trois, dix fois dans des trous mais je pense qu’on peut y arriver. » OK. On peut y arriver. Nous mettons 3h pour avancer de 100m. Nous sommes épuisés de nous hisser et de nous battre dans la neige. Nous sommes trempés et gelés. J’adopte alors la méthode dite du léopard de neige, je ne marche plus, je suis un petit chat qui grimpe et roule à quatre pattes. Je tombe 5 fois dans d’énormes trous. A chaque fois c’est comme disparaître dans un lac gelé, tu n’existes plus en 1 seconde. Mes petits cris alertent mes camarades qui me hissent à l’extérieur. Je tiens le choc et continue à avancer. Un des américains n’y arrive plus et s’arrête. Il ne fera pas le sommet. Je continue à suivre mon guide et nous arrivons vers 14h30 à 5150m. Sa montre annonce -25 degrés. Le vent nous transperce et nous empêche de respirer. Nous ne pouvons pas rester plus de quelques minutes. La vue est pourtant à couper le souffle. D’un coté nous voyons toute la vallée du langtang à nos pieds. De l’autre les montagnes tibétaines qui s’offrent à nous. Il n’y absolument personne, aucun bruit à part celui du vent qui fait flotter les drapeaux de prière.

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C’est alors que je réalise ce que nous venons de réaliser. C’était un combat contre la nature. Ce n’est pas le sommet qui en valait la peine, mais bien l’ascension. Je me suis dépassée et ai puisé l’énergie au plus profond de moi, comme un instinct de survie. La montagne est belle mais terriblement dure et ne se laisse pas apprivoiser. C’est la première fois que m’y frotte et réalise sa puissance et sa violence. C’est beau. La nature, mon dieu sans églises.


Nous nous laissons tomber de fatigue dans les pentes qui nous ramènent à KYANJIN GOMPA. Mes jambes, mes chevilles, mes genoux tremblent a chacun de mes pas. J’ai peur de me blesser. Nous arrivons à la guest house à 18h. Nous avons marché 10h sans pause, sans manger. Les américains ne sont pas là et ne tiennent plus le rythme. Nous les attendons patiemment en nous réchauffant devant le feu. A 18h30, il fait nuit noire et je commence à m’inquiéter car je sais qu’ils n’ont pas de lampes.

C’est alors que je suis témoin d’un drôle de balai : le mari quitte la maison dans la nuit, sans manteau ni lumière pour partir à leur recherche. 20 minutes plus tard il téléphone pour dire qu’il est à la rivière mais qu’il ne voit pas leurs traces. La femme part donc également à leur recherche, sans manteau ni lumière. A 19h, je m’inquiète de plus belle et demande à mon guide d’aller également à leur recherche mais en prenant une lampe cette fois ci. Pendant 30 minutes je suis donc,seule, devant le feu, à imaginer leur mort et les titres des journaux « Une française et son guide abandonnent deux américains qui meurent de froid dans le Langtang ». Mais ils reviennent sains et saufs tous ensembles. Sauf le mari ! Il s’est perdu ! On l’attend tous très inquiets car il ne répond pas à son téléphone et il commence à neiger très fort. Mon guide et sa femme (la femme du mari pas du guide hein) sont obligés de partir à sa recherche vers 20H. Quelle soirée !


Jour 6 : Retour au LAMA HOTEL

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Aujourd'hui je n'ai pas le moral. Hier mon cœur portait mes jambes. Aujourd'hui mes jambes traînent mon cœur. Je me laisse lourdement tomber dans les sentiers redescendant dans la forêt. On marche pendant 7h, j'ai l'impression que c'est une éternité. J'ai sûrement eu trop d'émotions hier. C'est comme recommencer à courir le lendemain d'un marathon. On a envie d'autre chose. Je divague en me laissant porter par mes jambes qui marchent toutes seules. Les différentes personnes qui vivent en moi, depuis le début de ce trek, s’en donnent à cœur joie dans ma tête. Je passe d'une grande réflexion sur la déforestation de la vallée, à mes envies de vins et plateaux de charcuterie tout en me questionnant sur la relation platonique que doit entretenir mon guide avec sa femme. Je regarde aussi ma (belle) montre à l'heure française : il est 8h45. Benoit doit sûrement être en train de se réveiller ou d'écouter Europe 1. Elke doit être en train de traiter ses mails avant de commencer son tunnel de réunions. Gab doit être sur son velib ou en train de prendre le 1er caf de la journée avec Lolo et Amandine. Romain doit être en train d'accompagner Louis chez sa nounou. Marianne doit prendre un fat petit dej dans son canap et Nico de regarder ses premières vidéos de la journée. Et moi je suis au milieu de l'Himalaya à dévaler les montagnes. Le paysage défile sous mes yeux pendant que je refais le monde.


Jour 7 : Du LAMA HOTEL à THULOSYABRUBESH

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Les premières heures de marche sont assez monotones car nous sommes à nouveau dans la forêt et j’avoue que je n’aime pas trop ça. Je suis absolument ravie quand nous recommençons à grimper pour rejoindre le village perché de THULOSYABRUBESH. C’est un village absolument magnifique accroché à la montagne. Il est entouré de centaines de terrasses de cultures. Je croyais qu’il s’agissait de rizières mais absolument pas : ce sont du maïs et des fleurs.

Nous grimpons assez rapidement ce qui me permet de passer mon après midi à flâner dans le village. Je me pose au soleil devant une gumpa bouddhiste. J’y resterai 3h à ne rien faire, comme un début de méditation, à seulement penser.

Mon guide n’arrête pas de prendre en photos les filles de notre hôte. Je ne comprends pas bien pourquoi. Quand je lui demande il me réponds « pour montrer à mon fils ». Cette réponse me laisse absolument dubitative : son fils de 13 ans n’a jamais vu de fille de 14 ans ? Ah c’est peut être qu’il voudrait que son fils se marie avec elle… que c’est triste !


Jour 8 : Retour au village de mon guide

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Aujourd’hui c’est notre dernier jour de marche ! Nous marchons 3h avant de quitter les sentiers verdoyants et atteindre DUNCHE. Une vile moche sans intérêt. Mais le bus pour Katmandu n’est que le lendemain matin. Mon guide me propose alors de rejoindre son village. Il a pris à la lettre mon enthousiasme du premier jour : « Ah bon tu es originaire d’un village pas très loin et tu n’as pas vu ta famille depuis plus d’un an ? On pourrait allez les voir ! ». Nous grimpons dans la première Jeep venue : le passager est un chinois bien louche. Il est écrit « Chinese Intervention & Controlling » sur sa voiture. Quand je lui demande ce qu’il vient faire au Népal, il me répond que tous les postes militaires que j’ai croisés lui appartiennent. Je reste perplexe. Est ce que la Chine prépare une invasion du Népal sous prétexte que c’est une région chinoise depuis fort longtemps ?

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Dès l’arrivée au village, mon guide me conduit à sa maison, au plutôt son taudis à base de ferraille au bord de la route. Effectivement il est vraiment très pauvre. Il fait en sorte que je me sente à l’aise en me sortant au soleil une table et une chaise. Des enfants déboulent pour lui dire bonjour mais restent absolument incrédules de ma présence. Ils s’arrêtent net en me regardant, les yeux et la bouche grands ouverts. Je suis une extraterrestre. Je suis habituée à ce genre de réactions car je suis blonde, grande et que j’ai les yeux bleus. Mais là, j’avoue que c’est plus exagéré que d’habitude, même les vaches ont l’air de me regarder en me demandant ce que je fais là. Les chiens me contournent d’un air agressif. Mon guide semble très enthousiaste en m’annonçant qu’il y a une « birthday party » dans le village. Je crois d’abord que c’est anniversaire mais il s’agit bien d’une fête de naissance (parce que c’est un garçon bien évidemment). Plus de cent personnes sont assises par terre et partagent un repas offert par la famille. Tous les regards sont rivés vers moi. La fête est une succession de petits moments passionnants à observer : des filles d’à peine 12 ou 13 ans se baladent avec un bébé pendu dans le dos. Des enfants globalement tous très sales pataugent dans la boue pendant que les femmes apprêtées pour l’occasion discutent entre elles. Une femme se met à nettoyer son sac à main en le vidant de ses déchets puis elle renverse son assiette entière dans son sac (du riz avec du poulet en sauce). Un petit cri de surprise sort de ma bouche. Au bout d’1h30 il n’y a plus assez d’assiettes pour servir tout le monde, des feuilles de papier sont alors utilisé en guise de support. Je remarque qu’il s’agit de cours de géométrie. Des pommes de terres enveloppées par Pythagore.

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Après 2h d’attente, la fête bascule d'un moment très agréable à un observatoire oppressant de népalais lorsque la seule personne a qui je donnais mon entière confiance s'est mise a boire, mon guide.

Il a tout gâché en 4 verres d'eau de vie. Je m'éclipse de la fête pour me réfugier dans ma chambre. Je me sens seule.Neuf jours sans parler français, sans contact avec le monde, juste la nature, eux et moi. Eux qui ne voient que mes longs cheveux blonds , mes grand yeux bleus , mes ongles rongés de mes mains abimées , mes coups de bâtons déterminés à chacun de mes pas. Mais pas mon âme, elle est cachée. Ils ne savent pas qui je suis. Comme un éternel recommencement de relations superficielles et insignifiantes. C'est peut être ça en faite la vraie solitude : Se sentir seule alors qu'on est très bien accompagné. Il est 18h. Je les entends chanter de plus en plus fort, de plus en plus saouls. Je n'ai plus que moi pour partager ma propre solitude. J'écoute Wish you were here en boucle dans ma tête. Wish you were here.


Jour 9 : Retour à KTM

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Voilà c’est la fin du trek. Mon guide a passé la nuit avec ses amis et sa famille à fêter la naissance de ce petit garçon. Je suis à la fois très déçue par son comportement, d’avoir bu et de m’avoir fait sentir que je n’étais plus en sécurité. Mais je suis également à la fois contente de lui avoir offert ce moment. Il sent l’alcool mais il a l’air heureux. La famille de sa sœur me couvre d’écharpes blanches pour me dire au revoir. Une tradition tibétaine. Cela me touche beaucoup et compense tous mes maux de la veille.

Nous passons la journée dans le bus et je rejoins enfin la civilisation dans l’après midi. Ma première douche depuis 5 jours est un véritable bonheur. Les petits plaisirs simples de la vie.


Je suis fière d’arriver en forme à Katmandu. J’ai réussi mon défi. J’ai conquis une montagne, je me suis frotté à la violence et la puissance de la nature. J’ai passé des journées entières à marcher tout en laissant mes pensées exploser dans ma tête. J’ai découvert un peuple généreux, fier et attachant. J’ai été coupée du monde pendant 9 jours, comme une préparation de ce qui m’attends avec VIPASSANA. C’était dur mais j’ai beaucoup appris sur moi et sur la solitude.

J’ai hâte de commencer la méditation et apprendre à voir ce qu’on garde invisible.

Rendez vous dans 12 jours pour le débrief !

Vive la vie !

#népal

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