15 jours de volontariat !


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J'ai l'impression que c'était hier que je commençais et pourtant cela fait déjà 15 jours que je suis volontaire chez Mère Teresa. Je suis donc à mi-parcours de l'expérience et je ne vous ai encore pas tout raconté. Il me faut rattraper tout cela. Tous les matins je suis à PREM DAN et un après midi sur deux à KALIGHAT.


PREM DAN

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PREM DAN signifie " Gift of Love" en Bengalie. C'est une maison qui accueille des hommes et des femmes de la rue. Ils sont séparés. Il y a environ 150 patients.

PREM DAN est un petit paradis au milieu de la ville : une grande maison bleue , des palmiers , beaucoup de fleurs très colorées , des espaces extérieurs pour se balader et rester au soleil , des photos au mur de Mère Teresa mais surtout il y a beaucoup de joie !

Les patientes sont des femmes avec des histoires très différentes. La moitié d'entre elles sont des handicapées physiques et mentales : certaines n'ont pas de jambes, ni de bras ou elles ont la polio et ne peuvent pas se déplacer seules. Leur famille ne peut pas ou plus s'occuper d'elles. Mais l'autre moitié des femmes ont des histoires très sombres et complètement hors du temps ; leurs maris ne voulaient plus d'elles , ils se sentaient honteux car elles n'avaient pas de bonnes dotes ou ne pouvaient pas avoir d'enfant . Alors, ils les ont brulées ou balancées sous acide. C'est fort. Elles n'ont plus d'yeux, plus de peau ni de visage mais elles n'ont surtout plus de dignité. Rejetées et seules au monde, elles arrivent à PREM DAN dans un sale état et doivent réapprendre à vivre. Certains jours, c'est insoutenable de les regarder en face tellement l'horreur se porte sur leurs corps et dans leur cœur.


Les patientes sont très nombreuses et forcément on ne peut pas les connaître toutes.

Il y en a deux avec lesquelles j'ai créé une vraie relation parce qu'elles me touchent. Elles me reconnaissent chaque matin et sont contentes de me voir. Voila le sens de ma venue.

Gracy est une petite dame âgée qui ne doit pas mesurer plus d’1m50. Elle a Alzheimer. Elle se tient toujours debout au milieu du dortoir ou debout au milieu de la véranda. Elle porte un petit bonnet strié tricoté par d'autres patientes qu'elle met toujours un peu en arrière sur sa tête. Gracy a un stade avancé d'Alzheimer ; parfois au milieu d'une conversation (elle parle bien anglais) elle oublie que je ne parle pas Hindî et change de langue. C'est assez impressionnant. Dès le premier jour, elle m'a beaucoup touchée car elle ne sait pas où elle est. Elle veut rentrer chez elle et elle répète inlassablement " Mummy, take me with you, don't go mummy”. Elle se perd très facilement et parfois en 1 seconde elle ne sait pas comment retourner jusqu'à son lit. Elle n'aime pas être dehors, surement parce qu'il est plus difficile pour elle de trouver ses repères. Alors elle demande à chaque volontaire " My head is painful take me to my bed" . Quand on l'amène à son lit soit elle demande à rentrer chez elle soit elle demande à avoir à manger alors qu'elle vient de déjeuner. Tout le monde l’adore, c'est comme un comique de répétition. Contrairement a beaucoup de patientes, elle a une famille et des enfants, sauf que son état est trop avancé pour qu'elle puisse rester chez elle.

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Alapana a une toute autre histoire, je l'ai également remarquée dès les premiers jours car elle reste assise les bras croisés sur ses jambes, à l'écart des autres patientes. Elle reste assise sur cette petite marche à regarder le ciel et le jardin. Elle ne parle à personne et ne veut jamais rien faire, même pas échanger un seul regard avec les autres. Comme si elle ne voulait pas admettre qu'elle est une patiente et qu'elle s'évade à travers le ciel. Elle est belle. Elle choisit toujours avec goût la couverture qui l'entoure et qui lui sert de saree. Elle préfère la marron avec des motifs très discrets .Pas trop de couleur. J'aurai choisi celle ci moi aussi. Elle a de beaux bracelets à chaque poignet et un piercing au nez. Ils lui ont coupé ses cheveux à cause des poux, je les imagine long et noirs entourant son beau visage. Son regard est toujours profondément triste et ses grands yeux noirs te transpercent. Elle ne parle jamais mais elle comprend l'anglais car elle réagit à chacun de mes mots. Elle est très intelligente. J'essaye d'aller la voir aussi souvent que possible pour casser cette tornade de dépression qui à l'air de l'emporter ailleurs. Je lui mets de la crème hydratante sur ses bras et sur ses jambes. Les sœurs ne connaissent pas son histoire, elles l'ont trouvé dans la rue. La seule chose que l'on sait c'est qu'elle a des traces de lacérations très profondes, comme des cordes ou des chaînes, au niveau du cou, des poignets et des chevilles.

Un matin je suis venue lui dire bonjour, comme tous les matins, et elle m'a sourit.


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Ma vie à PREM DAN est devenue une routine, un peu plus chaque jour j'arrive à trouver ma place. Les volontaires qui sont là pour plusieurs mois ont forcément beaucoup plus d'impact. Il faut connaitre les patientes pour créer une relation avec elles et leur apporter de l'amour et de la chaleur. Chaque matin on commence par 1H30 de tâches ménagères avant de nous occuper des patientes. J'essaye de varier chaque jour en fonction de mes envies pour éviter la lassitude. Un jour je lave le linge, un jour je l’étend, un jour je lave le sol, un jour je fais les lits. C'est important pour moi de pouvoir aider physiquement. Le sentiment d'utilité est alors plus fort que passer 1H assise à coté d'une patiente, mais l'impact est plus faible. Faire les deux me convient parfaitement. Mes premiers jours ont été compliqués car je fonctionnais encore trop comme en entreprise. Je pensais et agissais en fonction de ma productivité et mon impact pour chaque minute passée à être volontaire. Il fallait que je sois la plus productive et efficace possible et je m'inquiétais si ce n'était pas le cas. J'ai eu du mal à le reconnaître et à prendre du recul mais maintenant j'arrive beaucoup mieux à l'analyser. J'arrive désormais à ne pas ou peu me poser de questions et juste faire ce que je PEUX faire sans forcément être dans un objectif de DELIVRER quelque chose. Danone quand tu nous tiens.


Il y a parfois des moments difficiles mais la plupart du temps ce sont des bons moments. Certaines volontaires sont très courageuses et elles arrivent à toucher les blessures et les soigner. Je ne peux pas le faire. Ce ne sont pas des petits bobos. Un jour, une nouvelle patiente a été apportée depuis la rue. Elle a un énorme trou au niveau de la cheville ; des énormes vers lui dévorent la chair. Des dizaines d'asticots sortent de sa blessure qui est rongée jusqu'a l'os de son tibia.


J'aime PREM DAN, c'est un peu comme la lumière du monde.


KALIGHAT

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Si PREM DAN est la lumière, KALIGHAT est l'obscurité.

C'est une pièce sombre, avec quelques petites fenêtres mais trop en hauteur pour vraiment apporter de la lumière. Il n'y a pas de soleil, pas de musique, pas de jardin, pas de fleurs colorées, pas de palmiers, pas de sourires. C'est un dortoir muni d'une salle de bain et d'une pièce de soins. KALIGHAT est le nom du quartier où se situe la maison qui jouxte le temple hindou dédié à Kâlî (la fameuse déesse de la ville). Le vrai nom de la maison est NIRMAL HRIDAY ce qui signifie " Cœur pur " en Bengalie. C'est la maison la plus connue de l'œuvre de Mère Teresa car c'est " The House of dying" c'est à dire la maison des mourants. Elle voulait offrir aux malades de la rue une mort digne. En réalité, il n'y a pas uniquement que des mourants à Kalighat mais également des patients malades ou handicapés comme à PREM DAN. Il y a entre 50 et 70 patients, les hommes et les femmes sont également séparés.

J'aime beaucoup moins KALIGHAT, parce que l'ambiance est plus lourde qu'à PREM DAN, il ne faut pas comparer mais je ne peux pas m'empêcher de le faire. Je me sens bien et heureuse à PREM DAN et je me sens mal à l'aise et triste à KALIGHAT. Peut être parce que beaucoup de patients meurent chaque semaine, que les patients sont beaucoup moins autonomes et qu'il n'y a pas beaucoup de lumière. Pourtant notre présence est tellement importante. On apporte le rire, la joie, l’amour, les chansons et la fraicheur dont ils ont besoin pour passer les derniers jours avec dignité. Nous sommes leurs lumières.

Les corps sont frêles et chétifs à KALIGHAT, les patientes sont si petites. On a l’impression de leur arracher la peau ou le coude au moindre massage.Le corps du Christ.


Je ne vais pas à KALIGHAT tous les après midi, car avec PREM DAN le matin, cela fait beaucoup et je suis épuisée de tant d'énergie à donner. J'y vais un jour sur deux pour me permettre d'être rechargée à bloc. Ma dernière visite hier après midi a été un peu spéciale, la patiente dont je m'étais plusieurs fois occupée avec sa perfusion n'est plus là. Elle est partie dans la nuit, sans prévenir et j'espère sans trop souffrir. Elle est déjà remplacée par une nouvelle patiente qui a l'air mal en point. Elle est aussi est perfusée et elle a le même grand sourire qui dévoile toutes ses dents et sa mâchoire. Elle ne peut pas s'empêcher de sourire, qu'est ce qu'elle est belle, j'espère que l'ambiance moribonde ne lui enlèvera pas son sourire. Elle a des crises de douleur et se tord dans tous les sens, je reste à son chevet et je lui chante une chanson. Elle me chantera alors des chansons hindis pendant 20 minutes avec sa toute petite voix frêle à moitié cachée dans l’oreiller, tordue par la douleur. C'était un très beau moment.


J'admire les sœurs et les Massis, elles sont tellement courageuses d'avoir dédié leur vie à celle des autres. Elles partent des années entières loin de leurs familles à aider toute la semaine des patients malades . Elles ont uniquement un seul jour de repos qu'elles consacrent à la prière . Elles ont l'air si sereines, si heureuses , si souriantes. Elles connaissent bien les patients et font preuve de beaucoup d'amour. Une vieille dame est morte cette semaine à PREM DAN, les sœurs étaient pourtant très heureuses ce qui nous a paru étrange. On a prié, chanté pour elle pendant 1H à son chevet, on l'a accompagné dans la mort. Elle était là, allongée sur son lit, dans nos bras, elle s'endormait dans un calme et une paix absolue. Sa respiration ralentissait au fur et à mesure des prières jusqu'à s'éteindre complètement. C'était une si belle mort. C'est à ce moment précis que j'ai compris toute l'ampleur de leur mission. Les sœurs étaient heureuses car elles ont accompli ce pourquoi elles sont là, elles lui ont permis de mourir dans la dignité, la foi et l'amour sans souffrir. Elles sont la lumière.


Agir rend heureux, vive la vie !

PS : Vous comprendrez bien que je ne pourrai pas vous montrer de photos de tout cela. Il faudra donc seulement imaginer à travers mes yeux.

#inde

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