Les premiers pas à Kolkata

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MON ARRIVEE

J’ai donc pris l’avion en ce 3 Janvier 2015 en pleurs avec la boule au ventre, le nez qui coule, les yeux qui brûlent et le cœur au bord des lèvres. Après une courte pause à Delhi, me voilà à Calcutta ou plutôt Kolkata, La cité de la joie. Pourtant cela ne l'est pas vraiment (vous l'avez ?). Dans le taxi, j’oscille entre émerveillement de retrouver ce joyeux bordel (la circulation à Kolkata a l’air d’être aux petits oignons) et la totale léthargie mêlée à l’incompréhension de ce qui est en train de m’arriver.

Dès le lendemain matin, je me retrouve ni une ni deux dans la rue. Il est 9h, je viens de sortir de l’hôtel le cœur serré. Un rickshaw me croise et me sourit d’un immense sourire avec des yeux qui pétillent. Et voilà c’est reparti. La vie est belle et j’aime déjà Kolkata.

Pourquoi est ce que j’avais si peur ? C’est l’Inde, je la connais, je connais ses règles et je l’aime.

Je passe ma première matinée à chercher un hébergement, j’ai un budget serré. Pendant 3h je visite des taudis dans un état que vous ne pouvez même pas imaginer. Même dormir dans la rue est plus confortable que ces cellules munies de planches en bois. Kolkata est une ville chère. Je finis par trouver un dortoir de luxe dans un hôtel vraiment bien placé sur Sudder Street, le quartier des volontaires. J’ai un petit box pour moi toute seule qui ferme à clé, c’est comme une nouvelle cabane.

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Le reste de la journée je me laisse séduire par Kolkata.

C’est une ville unique, mêlant les expériences de l’Inde et la douceur de vivre. Il y a de la circulation mais pas assez pour t’empêcher de marcher dans la rue.

Il fait chaud mais pas assez pour suer. Il y a du monde mais pas assez pour t’empêcher de te faufiler. Pour la première fois je découvre une ville qui n’est pas dans l’extrême, une sorte de compromis de toutes ces choses que j’adore et que je déteste. Je ne m'attendais pas à cela . Je m'attendais à la folie et je trouve la paix. Son architecture est particulière : il y a beaucoup de maisons coloniales anglaises. La nature et la saleté ont repris le dessus pour rendre ces maisons plus indiennes.

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La seule chose qui me choque est la présence insoupçonnée de centaines de Human Rickshaw (Human horse) : je pensais qu’ils avaient disparu, qu’ils étaient interdits. Ce sont des chauffeurs de tuks tuks qui, comme les chevaux, courent en tirant une charrette pour transporter d’autres personnes. L’homme qui exploite l’homme. C’est globalement assez insupportable.Pourtant ce sont les indiens les plus souriants. J’aime beaucoup les prendre en photo.

LE DEBUT DU VOLONTARIAT

LUNDI 5 JANVIER

Dès mon premier jour, à 15h, je me suis présentée à la réunion d’informations des volontaires. Nous sommes environ 30 nouveaux aujourd’hui et seulement aujourd’hui. C’est énorme.

Tout commence par un discours : Thanks you to be here and WE LOVE YOU.

Puis on nous explique les règles : Take care of yourself and love , love love our patients.

Et les différentes HOUSES, les maisons et leurs spécificités. Je choisis d’être bénévole à SISHU BHAVAN le matin pour m’occuper des enfants et KHALIGAT le mouroir l’après midi.

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J’ai adoré ce moment parce que j’ai rencontré une dizaine de personnes qui, un peu comme moi, appréhendaient un peu de se jeter dans la gueule du loup mais qui finalement sont tellement heureuses et soulagées d’être là. Cela fait du bien d’être entourée de personnes qui comprennent pourquoi tu es ici et que NON tu n’as pas peur de voir la mort.

MARDI 6 JANVIER

Je commence donc Mardi 6 Janvier ma mission de bénévolat. Le programme de la journée sera toujours le même : Tous les bénévoles se retrouvent à 7h à la MOTHER HOUSE qui est la maison de toutes les sœurs ainsi que la tombe de Mère Teresa.On y prend un petit déjeuner tous ensemble (nous sommes plus de 50 personnes) et on finit par un moment de recueillement. Bien sur, si tu n’es pas catholique tu n’es pas obligé de réciter les prières, mais c’est un si joli moment que presque tout le monde participe.

A la fin de la prière, les bénévoles dont c’est le dernier jour se regroupe au milieu de la salle et on leur chante une chanson incroyable. J’ai eu les larmes aux yeux car je ne m’attendais pas à tant d’amour entre les bénévoles. Je vous chanterai cette chanson quand mon moment sera venu de la chanter.

A 7h30 on rejoint nos « Houses » et je rencontre enfin les enfants dont je vais m’occuper pendant 1 mois. Ce sont des nouveaux nés jusqu’à 8 ans environ , ils sont tous orphelins abandonnés par leur famille qui ne pouvait pas s’occuper d’eux soit parce qu’ils sont handicapés soit parce qu’ils vivent dans la rue.

Je ne vais pas vous mentir, je n’ai pas du tout aimé cette première matinée. Je me suis sentie inutile, touriste et spectatrice de leur vie enfermée. Ces enfants ne sortent jamais. Leur journée est parfaitement millimétrée entre le petit déjeuner, les cours, le gouter, le déjeuner, la sieste. Ils ne sortent pas de Shishu Bhavan : ils y entrent avec la famille qui les abandonne et ils y sortent avec la famille qui les adopte. Ce qui se passe entre les deux est un vide galactique qu’ils ne doivent surement pas oublier. L’adoption est un processus long et fastidieux. Il y a des photos d’européens sur les murs. Les enfants me sautent dessus pour que je les porte afin qu’ils puissent me montrer leur future famille. Ils n’arriveront que dans 3 ans. TROIS ANS. C’est énorme. Entre temps, ils sont bloqués ici à attendre que la vie passe.

On commence la journée par rester assis dans une pièce à ne rien faire. C’est un des moments qui fera que je ne reviendrai pas à Shishu Bhavan. Les enfants nous sautent dessus et sont très violents les uns avec les autres. Un garçon se crache dans les mains et les essuient sur les cheveux des bénévoles. Vive les enfants.

Il y a trois types de bénévoles dans les maisons :

  • Les « Aunties » qui veut dire les parrains ou oncle ou tante c’est à dire les bénévoles étrangers ( = MOI)

  • Les « Sisters » c’est à dire les sœurs (jusque la c’est facile) ( = Les religieuses)

  • Les « Massis » qui sont les indiennes qui travaillent ici à plein temps. Ce sont elles qui s’occupent la nuit et le reste de la journée des patients (= Les indiennes)

​Les Sisters dirigent , les massis exécutent et les aunties aiment.

Les Sisters et les Massis n’ont absolument aucune autorité sur les enfants. Elles ont même une relation particulièrement proche, elles les embrassent et les câlinent. C’est comme si la maitresse câlinait toute la journée les enfants. Il n’y a pas beaucoup d’autorité parce qu’on veut leur donner beaucoup d’amour pour « compenser ». Je ne suis pas fan de cette philosophie et cela me met tout de suite très mal à l’aise. Après 1h à attendre dans cette pièce et à faire en sorte qu’ils ne se tranchent pas la gorge sur la fenêtre cassée, nous finissons par partir en « classe ». La « classe » est en faite constituée de plusieurs petites salles où ils sont repartis par âge. On met presque 10 minutes à tous les asseoir. Certains enfants sont tout à fait normaux mais d’autres ont de sérieux handicaps. On commence à chanter quelques chants indiens, mais les enfants ne participent pas. On essaye de leur faire lire des lettres de l’alphabet anglais mais ils ne savent rien. Je suis perdue dans cette salle. Je ne sais pas quoi faire, je n’ai pas la compétence pour instruire des enfants handicapés et je trouve que les supports pédagogiques manquent grandement. Après 1H à attendre un peu que le temps passe dans la classe, ils ont un gouter. On les assoit donc tous ensemble dans une petite salle pendant 30 minutes. Pour finalement les faire revenir dans la salle de classe où on leur donnera des Lego pour finir de passer le temps avant le déjeuner. Voilà l’impression que j’ai eu de cette matinée : nous allons faire passer le temps de ces enfants avant que les européens viennent les chercher pour les emmener dans leur famille. Je n’ai pas eu l’impression qu’il y avait une vraie volonté pédagogique avec des projets adaptés à chacun des enfants pour essayer de les développer, de leur apprendre à lire et à écrire. Je me sens mal à l’aise avec tout cela mais je reconnais que ce centre a toutefois le mérite d'éxister. C'est simplement que je n'y trouve pas ma place, je ne suis pas utile et c’est très dur à accepter. Tout d’un coup je me prends en pleine face le double sens que peut avoir ce genre d’expérience : est ce que c’est vraiment pour aider les autres que je le fais ou est ce que ce n’est pas aussi pour moi ? Je suis persuadée que c’est les deux mais la plupart des volontaires préfèrent rejeter la deuxième partie.


MERCREDI 7 JANVIER

Pour mon deuxième jour de bénévolat, je décide donc de quitter Shishu Bhavan pour quelque chose qui me mettra plus à l’aise et où je pourrai être utile dans l’immédiat.

Je rejoins mes amis français rencontrés le premier jour à l’inscription, ils vont à PREM DAN un centre d’accueil pour les personnes vivant dans la rue. Je rejoins le centre pour les femmes. Elles sont environ 70 à vivre ici, elles ont été récupérées dans la rue dans un plutôt sale état. Elles ont tous les âges et ont toutes une histoire poignante. Certaines sont brulées sur tous le corps et n’ont plus de visage, certaines ont été traumatisées, battues ou abandonnées, certaines sont handicapées ou tout simplement en fin de vie et trop pauvres pour survivre seules dans la rue.

Les journées à PREM DAN se ressemblent également : Après le petit déjeuner avec les volontaires nous avons 30 minutes de marche à travers un bidonville afin de rejoindre la maison qui est plutôt excentrée. Nous arrivons à 8h.

De 8h à 10H nous nous occupons des taches ménagères : laver les draps, les habits, les sols, faire les lits, étendre le linge.

Puis à partir de 10H, nous nous occupons pleinement des patientes. Nous les chouchoutons à coup de vernis à ongles, sourires, massage ou oreilles attentives alors que nous ne comprenons pas l’hindî ou le bengali. Elles adorent les massages et nous parler pendant de longues minutes .

J’aime bien PREM NAM. Je me sens utile et je sens que j’apporte quelque chose. Au bout de 5 minutes à PREM DAM j’ai du balayé des crottes d’une patiente. J’ai hésité quelques instants et je l’ai fais. Je suis passée de l’autre coté, je suis prête pour l’aventure.

J’ai hâte de vous raconter mes journées avec elles.

MES PREMIERS SPONSORS ET MES PREMIERS DEFIS

Qui dit premières journées dit premiers défis et sponsoring !

Merci du fond du coeur à toutes les trois.

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Si vous souhaitez me lancer un défi ou m’aider pour une journée c’est par ICI.

A très vite pour les nouvelles aventures !

Vive la vie !


Petite précision sur mes histoires indiennes : JE NE PRETENDS PAS DETENIR LA VERITE . Je ne veux pas tirer de conclusions de mon simple ressenti. La seule chose que je peux vous livrer c’est mon expérience, ma pensée et ce que je tente de comprendre.

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